Michael Moore : polémique système
Le succès de Michael Moore (Oscar pour "Bowling for Columbine", 220 millions de dollars de recettes pour "Fahrenheit 9/11") suscite inévitablement des jalousies et quelques bonnes questions sur ses méthodes. L'intéressé feint d'en rire : "C'est devenu un genre à part entière : le film anti-Michael Moore. Je pourrais ouvrir un festival consacré à ce genre...", ironisait-il devant nous à Cannes 2007.
Pendant 20 bonnes minutes, "Michael Moore : polémique système" piétine sans nous convaincre : ses auteurs semblent irrités de ne pouvoir rencontrer le réalisateur pour une interview; ils évoquent son licenciement du magazine de gauche "Mother Jones" sans parvenir à mettre en évidence les torts du trublion.
Le docu enfonce passablement de portes ouvertes :
Oui, Michael Moore est égocentrique et mégalo.
Oui, il tire la couverture à lui de manière inconsidérée.
Oui, il est de mauvaise foi.
Ce qui n'enlève rien au côté percutant de ses films, véritables machines à reconsidérer les délocalisations ("Roger et Moi"), la liberté de porter des armes ("Bowling for Columbine"), le néo-conservatisme américain ("Fahrenheit 9/11"), le système de santé ("Sicko").
Tous ceux qui ont approché Moore savent qu'ils ne partiraient pas en vacances avec lui. Tout spectateur de ses films devine qu'il a affaire à un amuseur qui ne reculerait devant rien pour obtenir un effet percutant. Jusqu'à sacrifier la vérité ?
C'est là que le film de Debbie Melnyck et Rick Caine enfonce quelque clous qui font mal à la crédibilité du citoyen de Flint. On y découvre que Roger Smith a bien rencontré deux fois le réalisateur (alors que celui-ci prétend avoir fait chou blanc). On y voit que les ouvriers de Flint étaient moins apathiques face aux licenciements que ne le laisse croire "Roger et moi". On y apprend que Moore a mis en scène le prétendu "silence micro" face aux actionnaires de GM.
On y revoit ce que l'on pressentait déjà : la mise en boîte facile de Charlton Heston en défenseur des armes atteint d'Alzheimer.
On met en perspective ce fameux discours aux super-riches que George W. Bush présente comme sa "base". Effet de recul salutaire.
L'aspect le plus intéressant réside finalement dans l'analyse politique du phénomène Moore : il apparaît que c'est la faiblesse de la gauche américaine qui a permis son émergence. Michael Moore s'est engouffré dans un grand vide et il a surtout travaillé à sa propre notoriété (après avoir soutenu l'écolo Ralph Nader en 2000, il l'a renié en 2004 pour miser sur Kerry, conscient que si Bush l'emportait, il conserverait une tête de turc idéale). Aucun des combats qu'il a menés n'a fait avancer les choses. Mais peut-on lui faire grief d'avoir mis sur la table des questions brûlantes avec drôlerie et pertinence ? A l'heure où les candidats démocrates ont déjà dépensé plus de 300 millions de dollars dans la campagne présidentielle, on mesure à quel point ils sont les obligés de leurs riches donateurs. L'immobilisme est là pour durer.
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20 Avril 2008 à 18:40 dans
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