L'image d'Ingrid
Les appels à la libération d'Ingrid Betancourt se précipitent. Les nouvelles alarmantes au sujet de sa santé y contribuent. Mais la prisonnière des Farc a su mobiliser la communauté internationale en projetant, dans la faiblesse de sa captivité, une image d'une force impressionnante. Plus impressionnante que tous les mots lancés en ce moment sur les ondes. Décryptage.
Avez-vous entendu à la radio l'appel de Nicolas Sarkozy au commandant en chef des Farc Manuel Marulanda ? Une adresse un peu choquante. Les phrases étaient précipitées. On aurait dit un président pressé de passer à autre chose. En poussant un peu, cela sonnait comme : "Tu la libères, oui ou merde ?!" par SMS.
Par souci d'honnêteté, il faut revoir l'appel de Sarkozy en entier, dans la vidéo diffusée sur YouTube. C'est ici : http://www.youtube.com/watch?v=Uyr1Z9Szq3s
L'impression est meilleure. Tronçonné pour les besoins du flash radio, le message avait un tour précipité. En vidéo, le speech présidentiel prend une autre tournure. Il est plus solennel, plus respectueux de son destinataire et des milliers d'autres otages en Colombie. Mais l'image n'a guère d'impact : on y voit un Sarkozy fatigué, les yeux plissés, fixant péniblement le prompteur sur lequel défilent les mots de son message. Pas vraiment habité par ses phrases.
A l'inverse, comment ne pas être saisi par l'image qu'a su donner d'elle Ingrid Betancourt dans la dernière vidéo diffusée par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) ?
Si, parfois, une image vaut mille mots, celle-ci en fait partie.
Ingrid affaiblie, Ingrid à bout, Ingrid démoralisée : tout est dans cette image et beaucoup plus encore. Le spectateur peut y projeter ses propres découragements, ses propres accablements, devant l'injustice, la bêtise, l'arbitraire.
Trop souvent, à la télévision ou au cinéma, le son s'avère redondant par rapport à l'image. On répète au spectateur ce qu'il doit voir. Ici, rien de tout cela : Ingrid ne nous prend pas à témoin par la parole. Elle ne tempête pas contre ses geôliers rebelles. Elle ne cherche pas à nous apitoyer. Elle ne demande pas l'aide des puissants. Elle nous montre qu'elle appartient à la communauté des plus faibles.
Ses yeux ne nous regardent pas. Ils sont baissés, comme ceux d'une Pietà de la Renaissance. Contemplant son propre désastre et celui de notre impuissance.
Bien sûr Ingrid a aussi écrit. De longues lettres à ses enfants que les journaux ont parfois publié in extenso. Mais en se taisant dans la dernière vidéo des Farc, elle se révèle une extraordinaire communicante. Une femme d'une intelligence et d'une force morale qui nous incitent à lui lancer plus que jamais un vibrant : "Tiens bon!"
Christian Georges
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02 Avril 2008 à 09:09 dans
- Général


