Romandie.com
 
Créer un blog | Noter ce blog | Signaler un abus
 
| Autre blog ? >>  

Mediablog

Victimes de Google

Une image nous a intrigués dans plusieurs "Unes" proposées par les classes de Suisse romande lors du concours lancé pendant la Semaine des médias. C'est celle-ci...

Nous avions sollicité des élèves qu'ils insèrent des éléments originaux, mais ce dessin n'avait rien d'original. Pire : c'est la deuxième proposition qui apparaît quand on tape "drogue" dans Google Images. Plusieurs classes ont pourtant jugé tout à fait pertinent d'illustrer un sujet consacré à la lutte contre les narco-trafiquants avec ce dessin.

Le recul à prendre par rapport aux propositions de Google est plus que jamais quelque chose à enseigner. Jugez plutôt avec cet autre exemple. Si vous tapez "Bush +McCain" dans Google Images, vous obtiendrez entre autres ces deux documents...

 


Où se nicheront demain les SMS ?

Plus de cent travaux ont été soumis au concours de UNES lancé pendant la Semaine des médias à l'école en Suisse romande. Le jury s'est réuni jeudi 24 avril et s'est penché sur les travaux des classes. Avec quelques surprises : ainsi tel éditorial écrit par des jeunes se terminait par une invitation à donner son avis par SMS.

"Et pourquoi pas ?", s'est exclamé le rédacteur en chef de "24 Heures" Thierry Meyer.

C'est sûr : la presse de demain ne ressemblera pas à la presse de papa.


Controverses en examen

"Infrarouge" promet une intéressante confrontation ce mardi soir sur les ondes de la Télévision suisse romande (22h25). Sous le titre "Les politiciens doivent-ils être des saints?", l'émission revient en effet sur les écarts de la présidente de la ville de Neuchâtel Valérie Garbani, rendus publics par la presse.

Dans l'affaire en question, un policier a, semble-t-il, violé le secret de fonction en livrant des documents à des adversaires politiques de l’élue socialiste. C’est le quotidien « Le Temps » qui a révélé l’affaire alors que les quotidiens régionaux neuchâtelois "L'Express" et "L'Impartial" avaient choisi de garder le silence, même en ayant bénéficié de certaines fuites. Il sera donc intéressant de comparer la notion d' "intérêt" public défendue par le journaliste du "Temps" Pierre-Emmanuel Buss avec celle du rédacteur en chef des quotidiens neuchâtelois Nicolas Willemin.

Et avant de se brancher sur "Infrarouge", il est recommandé de (re)voir sur Arte (21h) l'impressionnant documentaire d'Hubert Sauper "Le Cauchemar de Darwin" (photo), judicieusement reprogrammé alors que se produisent des émeutes de la faim dans plusieurs pays d'Afrique. On signalera au passage que la justice à pour l'essentiel donné tort à l'historien François Garçon, qui avait dénoncé le film comme "une vaste supercherie". Le journal "Le Monde", lors d'une enquête en Tanzanie, a toutefois apporté des précisions importantes par rapports aux images les plus choquantes :

Les carcasses de perche montrées dans le film, véritables détritus dont les Tanzaniens doivent en apparence se contenter, sont, en réalité, des « pankis » destinés à la consommation des poulets et des porcs ! D’autres restes de poisson « soigneusement lavés puis fumés ou frits » sont bien destinés aux hommes et « trouvent preneur dans toute la Tanzanie »…


Michael Moore : polémique système

Après sa diffusion au festival Visions du réel de Nyon, la TSR a montré vendredi le film canadien "Uncovering Michael Moore : Manufacturing Dissent" ("Michael Moore : polémique système"). Le documentaire soulève quelques lièvres et dresse un constat pessimiste sur la gauche américaine.

Le succès de Michael Moore (Oscar pour "Bowling for Columbine", 220 millions de dollars de recettes pour "Fahrenheit 9/11") suscite inévitablement des jalousies et quelques bonnes questions sur ses méthodes. L'intéressé feint d'en rire : "C'est devenu un genre à part entière : le film anti-Michael Moore. Je pourrais ouvrir un festival consacré à ce genre...", ironisait-il devant nous à Cannes 2007.

Pendant 20 bonnes minutes, "Michael Moore : polémique système" piétine sans nous convaincre : ses auteurs semblent irrités de ne pouvoir rencontrer le réalisateur pour une interview; ils évoquent son licenciement du magazine  de gauche "Mother Jones" sans parvenir à mettre en évidence les torts du trublion. 

Le docu enfonce passablement de portes ouvertes :

Oui, Michael Moore est égocentrique et mégalo.

Oui, il tire la couverture à lui de manière inconsidérée.

Oui, il est de mauvaise foi.

Ce qui n'enlève rien au côté percutant de ses films, véritables machines à reconsidérer les délocalisations ("Roger et Moi"), la liberté de porter des armes ("Bowling for Columbine"), le néo-conservatisme américain ("Fahrenheit 9/11"), le système de santé ("Sicko").

Tous ceux qui ont approché Moore savent qu'ils ne partiraient pas en vacances avec lui. Tout spectateur de ses films devine qu'il a affaire à un amuseur qui ne reculerait devant rien pour obtenir un effet percutant. Jusqu'à sacrifier la vérité ? 

C'est là que le film de Debbie Melnyck et Rick Caine enfonce quelque clous qui font mal à la crédibilité du citoyen de Flint. On y découvre que Roger Smith a bien rencontré deux fois le réalisateur (alors que celui-ci prétend avoir fait chou blanc). On y voit que les ouvriers de Flint étaient moins apathiques face aux licenciements que ne le laisse croire "Roger et moi". On y apprend que Moore a mis en scène le prétendu "silence micro" face aux actionnaires de GM.

On y revoit ce que l'on pressentait déjà : la mise en boîte facile de Charlton Heston en défenseur des armes atteint d'Alzheimer.

On met en perspective ce fameux discours aux super-riches que George W. Bush présente comme sa "base". Effet de recul salutaire.

L'aspect le plus intéressant réside finalement dans l'analyse politique du phénomène Moore : il apparaît que c'est la faiblesse de la gauche américaine qui a permis son émergence. Michael Moore s'est engouffré dans un grand vide et il a surtout travaillé à sa propre notoriété (après avoir soutenu l'écolo Ralph Nader en 2000, il l'a renié en 2004 pour miser sur Kerry, conscient que si Bush l'emportait, il conserverait une tête de turc idéale). Aucun des combats qu'il a menés n'a fait avancer les choses. Mais peut-on lui faire grief d'avoir mis sur la table des questions brûlantes avec drôlerie et pertinence ? A l'heure où les candidats démocrates ont déjà dépensé plus de 300 millions de dollars dans la campagne présidentielle, on mesure à quel point ils sont les obligés de leurs riches donateurs. L'immobilisme est là pour durer.


Une belle reconnaissance de l'OFC pour e-media et la CIIP

La section cinéma de l'Office fédéral de la culture a communiqué vendredi à Nyon les soutiens en matière de formation et de sensibilisation au cinéma. Vos médias vous ont abondamment parlé de la déception de l'Ecole cantonale d'art de Lausanne (dont la subvention annuelle passe de 200.000 à 140.000 francs). Certains ont souligné l'aide octroyée à l'association La Lanterne magique (300.000 francs par an). En revanche, peu de lignes ont été consacrées au projet de la Conférence intercantonale de l'instruction publique de la Suisse romande et du Tessin. Alors, voilà, dit sans grand fracas : la section cinéma octroiera 32.000 francs par an à e-media. Cette aide permettra d'assurer les prestations suivantes :

1 - Edition annuelle d'un DVD comprenant un long métrage suisse, assorti d'un dossier pédagogique. Ce DVD sera offert à mille établissements scolaires romands. On encouragera les rencontres avec l'auteur du film. 

2- Mise en ligne annuelle d'une cinquantaine de fiches pédagogiques liées aux films qui sortent en salles. Ce sont les fiches que vous trouvez déjà dans la section "Médias" (rubrique "Cinéma" ou "Répertoire de films" du site www.e-media.ch). L'aide fédérale nous permettra de rétribuer la dizaine de rédacteurs-trices réguliers.

3 - Extension du concept de la TRIBUne des Jeunes cinéphiles à d'autres cantons que Vaud : en clair, nous constituons un club de jeunes critiques qui écriront leurs avis sur les sorties et nous organiserons avec eux deux séminaires par an, animé par un critique professionnel.

Christian Georges 


Like a Rolling Stone

Superbe raccord au Téléjournal de la TSR mardi soir. A l'occasion de la sortie du film "Shine a Light", la chaîne nous a gratifiés de généreux extraits (pour la deuxième fois, après un autre sujet sur le même film, diffusé le 7 février). On a vu notamment Ron Wood...

...puis Keith Richards...

...et Esther Mamarbachi a enchaîné sur le portrait d'une personne qui arbore une coupe de cheveux digne des Rolling Stones...

...la Conseillère fédérale Eveline Widmer - Schlumpf !

Son titre préféré ?...Mmmhhh. "Gimme Shelter" ?


La fragilité du "Monde"

Grève au "Monde". La rédaction s'oppose à une restructuration qui devrait faire très mal en termes d'emplois perdus (un tiers des journalistes de la rédaction). Sans parler des dégâts collatéraux (lâchage des "Cahiers du Cinéma" et de Fleurus presse entre autres). Vue de Suisse romande, cette crise montre surtout l'extrême fragilité d'un titre de référence qui reste de très grande qualité : ici, sur un territoire de moins de 2 millions d'habitants, un titre de référence comme "Le Temps" écoule grosso modo 50.000 exemplaires. S'il bénéficiait d'un taux de pénétration identique en France, "Le Monde" vendrait 1,5 million d'exemplaires aux 60 millions de Français. Or il n'écoule que 320.000 exemplaires...

Un expert notait aussi (dans "24 Heures") que la publicité profite davantage à la presse écrite en Suisse : 37% des investissements publicitaires totaux, contre 13% seulement en France.


Le procès fait à Reporters sans frontières

Pas de tabous ! Tel devrait être le mot d'ordre dans la communauté des journalistes. Dans cet état d'esprit, il est légitime de s'intéresser aussi au porte-monnaie et aux intentions de ceux qui paraissent incarner le Bien dans la lutte contre l'oppression et l'injustice. A cet égard, certaines attaques lancées contre le mouvement "Reporters sans frontières" apparaissent mal étayées et même franchement douteuses.

C'est sûr, Robert Ménard en agace plus d'un.

Récemment, chez Ruquier, le chroniqueur Eric Naulleau résumait ses griefs face au secrétaire général de Reporters sans frontières : on peut revoir cette séquence ici grâce à nos amis de "Médialogues".

http://www.rsr.ch/la-1ere/medialogues/selectedDate/31/3/2008#lundi

En gros, Robert Ménard représenterait la quintessence de cette élite intellectuelle opportuniste française. Ancien trotskiste aujourd'hui décoré de la Légion d'honneur, il distillerait ses indignations sélectives et calibrées qu'une fois assuré du vent porteur des bonnes causes à défendre. Sans prise réelle sur ce qui fâche, sans moyen d'infléchir en quoi que ce soit la condition des blogueur chinois ou des journalistes birmans. Autre source d'inconfort pour le grand public : la posture de victimes (réelles ou potentielles) dans laquelle RSF représente la corporation des journalistes dans son entier. Une posture d'autant plus discutable que de nombreux journalistes commettent eux aussi des injustices et des abus de pouvoir.

Le sujet diffusé par la Radio Suisse Romande dans le journal du matin de mercredi 9 avril  allait plus loin dans l'insinuation : Reporters sans frontières incarnerait la mouvance néo-conservatrice américaine (sic!). Alimentée par de puissantes fondations états-uniennes, l'organisation omettrait systématiquement de fustiger les limitations de la liberté de presse dans les régimes occidentaux.

Voilà qui mérite qu'on s'y arrête. Mais qui ne résiste pas à l'examen des faits.

Une simple visite sur le site de RSF lève plusieurs équivoques.

Vrai, le "Center for a Free Cuba" a financé RSF. Mais l'examen des comptes montre que la part de ces sponsors privés est marginale dans les ressources (moins d'un quart). D'autre part, ceux qui suivent depuis longtemps RSF savent que le classement annuel de la liberté d'expression n'est pas du tout flatteur pour les Etats-Unis. Quand ce pays figure en 48ème position, derrière le Nicaragua, l'Afrique du Sud et la Roumanie, on ne peut pas soupçonner RSF de complaisance! Encore moins quand on consulte le dossier (accablant) constitué autour du fiasco irakien. 

RSF sonne l'alarme et tient le décompte précis de toutes les atteintes à la liberté de presse et d'expression. Litanie peut-être fatigante pour certains, à la longue. Exercice pourtant salutaire, parfois entaché de quelques silences (l'organisation s'est fait plutôt discrète lors de la compromission d'une journaliste de France 3 dans l'équipée de L'Arche de Zoé).

La limite de son action était cependant bien résumée par Jean-Claude Guillebaud dans l'interview diffusée par la Radio Suisse romande : c'est parce qu'elle doit CREER L'EVENEMENT, en mobilisant les grands médias à son profit, que RSF se prive d'un droit important: celui de critiquer par exemple TF1, les dérives de France Télévisions ou la politique de communication de l'Elysée (l'Etat français soutenant lui aussi RSF)...

On retrouve là toute la question de l'indépendance, revendiquée par de nouveaux médias du Net comme MediaPart (Edwy Plenel) ou Arretsurimages.net (Daniel Schneidermann). Or même ces médias sans publicité et financés par leur public n'offriront jamais la garantie d'une totale objectivité : ils se doivent de livrer exactement ce qu'attendent d'eux ceux qui paient pour les lire...

Christian Georges


Médias et démocratie

«Je préférerais vivre dans un pays qui ait des journaux et pas de gouvernement plutôt que dans un pays qui ait un gouvernement et pas de journaux.»

Cette citation de Thomas Jefferson, troisième président des Etats-Unis, est-elle encore de mise aujourd'hui ? C'est l'interrogation que lance Jacques Pilet, dans un excellent commentaire sur le thème "Médias et démocratie". C'est à lire ICI : http://www.hebdo.ch/piletblog.cfm

Jacques Pilet jubile à l'idée que le blog d'une jeune Cubaine puisse attirer plus de 4000 commentaires pour un seul article où elle raille l'organe officiel du pouvoir. Le commentateur y voit un enseignement applicable à l'ensemble des médias :

"Peu importe le support, c’est la substance qui compte. C’est à cette aune-là qu’il faut mesurer leur poids et leur santé."


Lyrisme

L'audience des quotidiens gratuits progresse. Pour marquer sa différence, la presse payante traditionnelle doit montrer qu'elle "creuse" davantage l'actualité. Dans un bel exemple du genre, un confrère publie ce lundi une pleine page sur les prochaines élections italiennes. Mais le défi du journaliste contemporain est d'accrocher le lecteur (qui n'a pas le temps) avec un style dynamique. Quel équilibrisme, quand il s'agit d'avoir de la tenue, tout en maîtrisant une langue pas trop éloignée du commun des mortels ! Ce confrère en est-il conscient lorsqu'il décrit ainsi une militante :

"...derrière la douceur et le charme botticelliens, les convictions claquent comme le marteau sur l'enclume et la détermination fend l'air comme la flèche du Parthe. Sur le thème du rôle des jeunes en Italie, cette madone de gauche aux accents parfois bismarckiens est intarissable."