Télé sans pub : rêve ou utopie ?
On comprend l'inquiétude des salariés de France Télévisions et de tout l'audiovisuel public hexagonal. Leur grève de mercredi 13 février a permis de mesurer les dégâts causés par un effet d'annonce mal préparé. Quand Nicolas Sarkozy souhaite la disparition de la publicité des grilles de programmes, il suscite davantage de tracas que d'espoirs. Il place aussi l'audiovisuel public devant une équation à trop d'inconnues.
Premier constat : comme en Suisse romande, la publicité assure 30% du budget de France Télévisions. L'en priver revient à devoir chercher aillleurs 800 millions d'euros.
Deuxième constat : malgré une redevance radio-TV ridiculement basse (116 euros, contre près de 300 en Suisse), le gouvernement répugne à augmenter cette taxe (abusivement assimilée à un impôt). Il préfère prélever des centimes d'euros sur les connexions à internet et la téléphonie mobile. Pas sûr qu'au final, le consommateur soit gagnant! Car les opérateurs ne prendront pas cette charge sur leurs bénéfices!
Hypothèse optimiste : France Télévisions reçoit à terme des moyens financiers comparables à ceux dont elle dispose actuellement. Débarrassée du besoin de plaire aux annonceurs, elle produit de meilleures émissions, programme des films plus ambitieux en prime time, analyse mieux la société et ses enjeux. Les amateurs de gaudriole se rabattent sur TF1 et M6 et l'audience baisse. Au niveau d'Arte ou de PBS aux Etats-Unis. Le public exigeant applaudit : on en a fini avec la télé "mi-chèvre, mi-chou", molle et suiveuse. Les grincheux estiment, eux, qu'à moins de 10% de parts de marché, on ne peut plus parler de service "public". Espoir : les fidèles de TF1 et de M6 se lassent des blocs publicitaires de 12 minutes (bientôt autorisés par les directives européennes!) et reviennent sur les chaînes publiques.
Hypothèse pessimiste : Dès aujourd'hui, les annonceurs se détournent du service public et misent sur les chaîne privées. France Télévisions reçoit de l'Etat une compensation moindre qu'espérée. Une chaîne (FR3 ?) est cédée aux privés (les éditeurs de la presse régionale ?). TF1 ratisse un maximum de rentrées publicitaires, engage les meilleurs talents à des conditions sans concurrence, sans pour autant hausser le niveau moyen de ses programmes. Les diffuseurs privés ont le champ libre et donnent le ton sans contre-partie. Internet devient le mâquis des résistants.
Pour bien comprendre les enjeux, lire l'intéressante interview de Michel DRUCKER dans "Le Monde".-
14 Février 2008 à 09:46 dans
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