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Mediablog

Amalgames médiatiques

Site internet de la TSR, mardi 5 février 2008, 10h25.

Deux paragraphes sur le même personnage : deux statuts différents.


Coppola et moi

Jeudi soir dans une salle de cinéma d'une ville de Suisse romande (40.000 habitants) : je suis l'unique spectateur à la séance de 18h15 de "L'Homme sans âge" ("Youth Without Youth"), de Francis Ford Coppola. Seul pour la deuxième projection dans cette ville d'un film qui a mis du temps à arriver (il est sorti en novembre, avec un nombre limité de copies).

 

Pause café du lundi : une collègue raconte qu'elle a vu "Astérix aux Jeux olympiques" dans une salle de village absolument comble ce week-end. "On avait bien fait de réserver!"

Je ne vous parlerai pas d'Astérix : Thierry Jobin du "Temps" a été assez clair à son sujet dans l'émission Synopsis de RSR la 1ère. Je ne ferai pas non plus de comparaison désobligeante : car le film de Coppola est loin d'être réussi. Mais l'effet du conditionnement médiatique est perturbant à observer : ma collègue mettait beaucoup d'énergie à expliquer les bonnes raisons qu'il y avait d'aller voir "Astérix" malgré les avertissements de toute la critique (du "Temps" à "20 Minutes"). Elle jugeait même plaisant le défilé de stars surpayées invitées à venir faire un tour devant la caméra. Le plan promo a fonctionné, malgré la grosseur des câbles employés.

A l'opposé, il ne se trouve personne pour défendre les bonnes raisons d'aller se frotter au dernier Coppola, malgré ses défauts. Et pourtant, c'est assez passionnant de voir un Américain revenu de tout se bagarrer avec un texte de l'historien des religions roumain Mircea Eliade!

Dans la nuit de samedi à dimanche, Arte diffusait "Nus" de Nicolas Klotz (photo 3). La version courte de son film "La Blessure". Un film jamais sorti en Suisse. Le quotidien des Africains refoulés à Roissy ou vivant en squat à Paris. Un film à l'estomac, sec, froid et bouleversant. Sans Delon. Mais avec les mots et les visages de ceux qui ont vécu cette réalité-là. Il y a des jours où il fait bon se sentir seul face à un film. Ce qu'il nous murmure nous touche au coeur sans brouillage. On a l'impression qu'il a été fait pour un seul spectateur : soi.

Christian Georges


La dictature du 16/9ème

Ca ne vous aura pas échappé : tout concourt à vous faire adopter le nouveau format d'écran de télévision 16/9ème. L'industrie a trouvé là le moyen d'écouler ses produits alors qu'AUCUN format  du cinéma de corrrespond à ce cadre. Démonstration.

"Infrarouge" : un dispositif calibré sur le 16/9ème

La Télévision Suisse romande s'y est mise progressivement : ses programmes sont diffusés en format 16/9ème. Pour qui dispose d'un téléviseur au format standard 4:3,des bandes noires s'affichent en haut et en bas de l'éran. Pire : dans la plupart des sports retransmis, c'est la cata : la petite balle jaune de Federer est encore plus petite et les footballeurs ramenés à des fourmis. En bonne logique, vous suivez les compétitions sur Eurosport, France 2 ou même TF1 (restées fidèles au 4:3).

Mais l'offensive ne s'arrête pas là : chaque semaine, des publicités vous exhortent à passer aux téléviseurs à écran plat 16/9ème. L'informatique de loisir s'y met insidieusement : vous montez un film sur le dernier logiciel iMovie 08 ? Au moment d'exporter vos images sur DVD,  la haute qualité ne vous sera proposée qu'avec le format 16/9ème.

Un conseil : résistez, malgré le conditionnement digne du régime nord coréen! D'une part, les fameux téléviseurs 16/9ème HD ready  (ou full HD) n'offrent encore qu'une image d'une définition médiocre (faute de chaîne de production totalement HD). D'autre part, ce format d'écran n'est pas compatible avec le cadre voulu par les cinéastes. Eh oui! Un discret article paru dans les "Cahiers du cinéma" de décembre (no 629) révélait ce que la presse vendeuse de gadgets se garde bien de vous dire :

Depuis son invention, le cinéma a recouru à une trentaine de formats différents, du 1,33 (format "carré" du muet, encore utilisé récemment par Gus van Sant dans "Paranoid Park" et Eric Rohmer dans "Les Amours d'Astrée et Céladon") au 2,55 du cinémaScope. Aujourd'hui, le mariage du cinéma et de la télévision est annoncé à grand cris par le marketing. En omettant de dire qu'il se base sur un compromis boiteux : le 16/9ème ne correspond  à AUCUN des formats originaux de films, à l'exception du standard italien utilisé dans les années...1960 (1,77). Même les grosses productions américaines actuelles utilisent le 1,85 qui impose des bandes noires en haut et en bas de l'image sur un téléviseur 16/9ème.


L'art entre à l'école

En France, l'histoire des arts sera intégrée aux enseignements de l'école primaire à la rentrée 2009 et en 2009-2010 au collège et au lycée, ont annoncé mercredi les ministres de l'Education Xavier Darcos et de la Culture Christine Albanel. Le brevet des collèges comprendra une épreuve obligatoire dans cette matière.

(L'Espresso de Télérama, 1er février 2008)