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Mediablog

Déclin TV et virage numérique

C'est confirmé de bonne source : les Suisses romands regardent moins la télévision. 163 minutes par jour en 2007, contre 170 minutes un an plus tôt. Les chiffres sont donnés par la TSR dans son bilan des audiences 2007. La chaîne se félicite d'avoir pris à temps le virage numérique : son site TSR.CH a été visité près de 2,5 millions de fois l'an dernier. Merci Sarkozy : un million de visites ont été à elles seules générées par les résultats (donnés en primeur) des deux tours de la présidentielle! Boostée par une telle fièvre, la moyenne quotidienne frôle les 80.000 visites. La TSR signale qu'Internet équipe 65% des foyers suisses (la moitié en haut débit). C'est sûr : la bataille de  la télévision du futur se déroulera sur ce terrain. Pour s'être proclamée "premier site média" en Suisse romande lundi matin, la TSR a dû produire une précision d'importance vers 14h : google.ch, bluewin.ch ou romandie.com font des scores importants, mais ce sont des sites "agrégateurs de médias", alors que TSR.CH est un site "producteur de contenus médias". 


Marre de Carla ?

"Bientôt un bébé à l'Elysée ?" titre "Point de vue", alors que la presse française est saisie d'une fièvre "enquêtrice" qui amuse le dessinateur Cabu et "Charlie Hebdo" :


La méthode Sarkozy...

...en matière de communication :

"Lancer une fusée par jour, pour faire oublier le raté de la fusée de la veille"

(François Bayrou dans "A vous de juger" sur France 2, jeudi 14 février) 


Télé sans pub : rêve ou utopie ?

On comprend l'inquiétude des salariés de France Télévisions et de tout l'audiovisuel public hexagonal. Leur grève de mercredi 13 février a permis de mesurer les dégâts causés par un effet d'annonce mal préparé. Quand Nicolas Sarkozy souhaite la disparition de la publicité des grilles de programmes, il suscite davantage de tracas que d'espoirs. Il place aussi l'audiovisuel public devant une équation à trop d'inconnues.

Premier constat : comme en Suisse romande, la publicité assure 30% du budget de France Télévisions. L'en priver revient à devoir chercher aillleurs 800 millions d'euros.

Deuxième constat : malgré une redevance radio-TV ridiculement basse (116 euros, contre près de 300 en Suisse), le gouvernement répugne à augmenter cette taxe (abusivement assimilée à un impôt). Il préfère prélever des centimes d'euros sur les connexions à internet et la téléphonie mobile. Pas sûr qu'au final, le consommateur soit gagnant! Car les opérateurs ne prendront pas cette charge sur leurs bénéfices!

Hypothèse optimiste : France Télévisions reçoit à terme des moyens financiers comparables à ceux dont elle dispose actuellement. Débarrassée du besoin de plaire aux annonceurs, elle produit de meilleures émissions, programme des films plus ambitieux en prime time, analyse mieux la société et ses enjeux. Les amateurs de gaudriole se rabattent sur TF1 et M6 et l'audience baisse. Au niveau d'Arte ou de PBS aux Etats-Unis. Le public exigeant applaudit : on en a fini avec la télé "mi-chèvre, mi-chou", molle et suiveuse. Les grincheux estiment, eux, qu'à moins de 10% de parts de marché, on ne peut plus parler de service "public". Espoir : les fidèles de TF1 et de M6 se lassent des blocs publicitaires de 12 minutes (bientôt autorisés par les directives européennes!) et reviennent sur les chaînes publiques.

Hypothèse pessimiste : Dès aujourd'hui, les annonceurs se détournent du service public et misent sur les chaîne privées. France Télévisions reçoit de l'Etat une compensation moindre qu'espérée. Une chaîne (FR3 ?) est cédée aux privés (les éditeurs de la presse régionale ?). TF1 ratisse un maximum de rentrées publicitaires, engage les meilleurs talents à des conditions sans concurrence,  sans pour autant hausser le niveau moyen de ses programmes. Les diffuseurs privés ont le champ libre et donnent le ton sans contre-partie. Internet devient le mâquis des résistants.

Pour bien comprendre les enjeux, lire l'intéressante interview de Michel DRUCKER dans "Le Monde".

"Lumière silencieuse" : une splendeur

"Lumière silencieuse" (photo) sort mercredi 13 février sur les écrans romands. Prix du jury à Cannes en 2007, le film du Mexicain Carlos Reygadas est une splendeur. Et ce fut un grand plaisir de partager un long entretien avec cet admirateur de Tarkovski. Voici ce qu'il nous confiait à propos de la sensualité dans son film :

"Il fallait que le film soit sensuel. Quand je filme des gens, j’englobe toujours le corps et quelque chose d’autre. Nous sommes à la fois de la poussière et un univers total. Je partage le point de vue de Walt Whitman (« L’homme est un dieu ») et parfois aussi la vision des nihilistes (« Nous ne sommes que des animaux, qui se reproduisent et meurent »). Dans la publicité, au Mexique, les plus beaux sont les plus occidentalisés, les plus blancs, les plus semblables aux Américains… Mais les gens ne sont pas comme ça ! Et je ne veux pas renforcer le potentiel de frustration que génèrent toutes ces conneries. On m’a dit que je prenais des monstres, notamment pour « Bataille dans le ciel ». Mais j’avais envie de travailler avec des gens que j’aime et que je connais. Je voulais montrer qu’ils peuvent être beaux. Contempler leurs corps était un grand plaisir. J’ai compris pourquoi il y avait toujours une femme obèse dans les orgies à Rome et dans les tableaux de Rubens. Il y a une beauté inexplicable dans ces corps. Pour « Lumière silencieuse », on me conseillait de prendre une femme plus belle pour le rôle de la maîtresse. Je préfère les gens simples. Je voulais montrer quelqu’un avec qui les gens puissent s’identifier. On passe notre temps à ne pas aimer notre corps. Pour se rassurer, on se dit que l’important est à l’intérieur, que notre corps n’est qu’un véhicule. Mais j’ai l’impression que peu de gens le croient…"

ENTRETIEN COMPLET ET FICHE SUR LE FILM ICI.


Quand "Mise au point" excelle

Les journaux télévisés sont sur la sellette : audience déclinante, public toujours plus âgé, sujets souvent lacunaires ou bâclés. La Télévision Suisse Romande compense intelligemment le dimanche soir avec "Mise au point". Elle frisait même l'excellence ce 10 février, avec un sujet sur les EMS réservés aux étrangers.

"20 Heures : dernière saison ?" titrait récemment "Télérama" de manière provocatrice. L'hebdomadaire faisait le bilan d'une semaine de TJ sur TF1 et France 2. Maigre butin au final, avec des approximations, des sujets bateau (3 sur les soldes dans la même semaine sur TF1!). De quoi rester sur sa faim... Des graphiques laissaient aussi apparaître une stupéfiante pyramide des âges dans l'audience des journaux télévisés du soir : elle est bientôt composée pour moitié de personnes de plus de 60 ans !

Posez la question autour de vous : les sujets du TJ, même en Suisse romande, génèrent souvent davantage de frustration que de satisfaction. D'où l'importance d'accorder une attention plus soutenue à certains sujets qui ne se laissent pas traiter en 2 minutes. Sur la TSR, "Mise au point" remplit cet office. Dimanche 7 février, le magazine d'actualité traitait notamment d'une nouvelle tendance en Suisse alémanique (à Zurich en particulier) : la création d'appartements protégés ou d'EMS destinés aux personnes d'origine étrangère. L'incursion faite par l'équipe de la télévision méritait tous les éloges : pas de voyeurisme ni de misérabilisme malsain. Pas d'idéalisation non plus de cette nouvelle forme de prise en charge. Variété d'interlocuteurs et de situations de vie. Même le témoignage (limite) d'une patiente atteinte d'Alzheimer donnait la juste mesure de ce que vivent les aînés élevés dans une autre langue que les nôtres : quand l'esprit se vide, les mots acquis dans l'enfance sont les plus vivaces. Ce qui rend la prise en charge d'autant plus délicate et l'environnement humain d'autant plus important.


Les Rolling Stones par Scorsese

Les Rolling Stones font l'ouverture du Festival de Berlin. L'an passé, U2 était à Cannes, sur les marches et dans la salle, avec un film en 3D. Cette année, Mick Jagger et ses acolytes accompagnent Martin Scorsese, qui leur a consacré un film : "Shine A Light". Ce choix paraît des plus judicieux, vu le long compagnonnage qu'ils entretiennent. "Combien de scènes d'action Scorsese pourra-t-il encore booster à l'avenir avec des chansons du back catalogue des Stones ?", notait un critique goguenard à la sortie des "Infiltrés".

Pour les médias, un sujet s'impose : comparer "Shine A Light" avec "One + One", le documentaire sur les Stones tourné par... Jean-Luc Godard en 1968, pendant la réalisation de l'album "Beggars Banquet", avec la chanson "Sympathy for the Devil" (photo). Dans la tourmente de l'époque, Godard intercalait des séquences de contestation politique avec les séquences de répétition en studio, interrogeant la nature réellement "révolutionnaire" de la musique rock, opposant les petits blancs teigneux aux leaders noirs virulents. On peut lire à ce sujet un article intéressant ICI.

Qu'a fait Martin Scorsese dans "Shine A Light" ? "Il a filmé un concert à New York avec 16 caméras" et employé des "archives inédites", nous apprenait le sujet au 19:30 de la TSR jeudi soir. Waow....Il a réussi "à rendre tangible la musique des Stones" s'avançait même la correspondante à Berlin. Tangible ? Il est quand même génial de constater à quel point un média visuel (la TV) peine à parler d'un autre média visuel (le cinéma) et de la portée d'un film. La presse écrite garde plusieurs longueurs d'avance.


La pub rasée des murs

Qu'est-il arrivé à São Paulo ? se demandait le blog d'un geek écolo, avec ces photos intrigantes à l'appui.

 

L'émission d'Arte "Metropolis" nous l'a dévoilé samedi 2 février : le maire Gilberto Kassab a interdit et fait retirer par décret tous les panneaux publicitaires de la ville ! Tout panneau de plus d'1m50 a dû disparaître.

Il paraît que depuis qu'il n'y a plus la pub, on voit mieux les pauvres...

Arte leur donne la parole mardi 12 février à 23h45 ("Le rêve de São Paulo").

N'empêche que c'est une mesure spectaculaire et vertigineuse. A qui le tour ?


Fort de café

«La diffusion généralisée du style-cinéma s'accompagne plutôt d'une tendance à l'élévation des exigences esthétiques du plus grand nombre..."

«L'écran global, culture-médias et cinéma à l'âge hypermoderne», Gilles Lipovetsky et Jean Serroy, Editions du Seuil. Cités par "Le Temps" du 6 février 2008.

Voilà des chercheurs qui n'ont pas dû voir les files d'attente pour "Astérix aux Jeux olympiques"... 


Semaine des médias (3) : un blog de classe épatant

Un enseignant attire notre attention sur un blog de classe lancé à la rentrée 2007-2008. Il nous laisse ce mot :

"Dans le cadre scolaire, un blog d'élèves

Objectif: évoquer la réalité scolaire

Un défi: une entrée chaque jour

18 semaines déjà, plus de 90 entrées !"

La visite séduit par les messages déposés par ces élèves vaudois de 9ème année. Par les illustrations originales. Par la qualité générale des textes. Par la régularité des entrées.

Pour découvrir pourquoi Evrard a une voix d'or, pour se plonger dans l'ambiance et les activités de cette classe, pour écouter les réalisations sonores des élèves, c'est par ICI.

Comme nous tenions à en savoir plus, Jean Prod'hom précise :

"Je suis enseignant dans une classe de 9G (Classe 11), de français, de géographie, d'histoire, je suis également responsable du projet interdisciplinaire. Mais disons fermement que ce blog n'est forclos dans aucune des disciplines scolaires, il n'est ni interdisciplinaire, ni pluridisciplinaire, il est hors toute discipline sinon celle de respecter l'engagement initial. C'est à ce prix seul que les élèves rencontreront des lieux, des moments, des problèmes, de l'imprévu. 

Chaque élève a la charge d'une semaine. Il rédige ces notes en classe ou à la maison. Pendant les 18 premières semaines, je passais 1 heure 30, le lundi après-midi, après l'école, avec chaque élève pour discuter des 5 textes de la semaine, l'assister dans la réécriture, éditer et publier enfin leurs productions.

Depuis 2 semaines, les élèves m'envoient chaque soir, par educanet, leurs notes et leur photo du jour. Je leur envoie quelques mots en guise de réponse et de félicitations. Je les édite et les publie le lendemain matin, après avoir discuté avec eux des corrections que je propose. Les conditions changent, la qualité de leurs textes aussi..."