"Grounding" catastrophique
Diffusé lundi par la TSR, "Grounding" est à la hauteur du sujet traité : la catastrophe cinématographique est à la mesure du fiasco de la compagnie Swissair.

Marcel Ospel (le faux), vrai méchant de "Grounding".
Il y a des films qui gagnent à être vus à contretemps, hors du contexte hyper médiatisé de leur sortie. Histoire de jeter dessus un regard moins conditionné par les appréciations critiques et les slogans publicitaires. Avouons-le : il nous a fallu un sens de l'abnégation hors du commun pour suivre jusqu'au bout la diffusion de "Grounding, les derniers jours de Swissair", lundi soir sur la TSR.
Le modèle du film de Michael Steiner, c'est bien sûr "JFK" d'Oliver Stone. Même volonté de mélanger images d'archives et images de fiction, mêmes supputations paranoïaques, même volonté d'exploiter à fond un traumatisme national. Mais là où le réalisateur américain fait montre d'un savoir-faire évident (sans parler de la qualité des acteurs), là où il enflamme l'imaginaire, Michael Steiner reste cloué au sol. Il maquille en complexité ce qui n'est que confusion du propos (les 20 premières minutes sont hallucinantes de n'importe quoi). Il assigne aux banquiers le rôle des méchants et au Conseiller fédéral Villiger l'attribut de la lavette de service (ce qui reste du parti radical ne va pas monter au front). Quant à Moritz Suter, patron de Crossair, c'est le fourbe à cigare idéal (avec André Dosé), mais on est loin de la maxime d'Hitchcock : "Meilleur est le méchant, plus réussi sera le film". Z'aviez remarqué ? Tous les méchants fument, dans "Grounding".
Amateurs d'éclaircissements sur ce qui a réellement fait couler Swissair, passez votre chemin ! On voit du reste mal le cinéma réussir là où la justice a échoué dans un procès aux longs cours. Le plus éprouvant du film est cependant son style visuel, fait de zooms aussi incessants qu'inutiles (avant, arrière, avant), de tremblements et de ruptures. Les scènes dans la famille italienne surprennent : on ne voit pas apparaître un produit à la fin de ces saynètes totalement inspirées par l'imagerie publicitaire. Idem avec le papy gâteau qui bichonne son zinc.
Plombé par mille défauts, le film n'est toutefois pas dénué d'intensité émotionnelle dans sa dernière demi-heure. Il donne tout de même à ressentir ce qu'ont dû éprouver les personnels de cabine au moment du grounding. Un peu d'humanité dans un film saturé de vaines gesticulations et de gimmicks "hollywoodiens" dérisoires...
Christian Georges
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11 Décembre 2007 à 08:59 dans
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