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Cinéma en crise : l'école interpellée

"La Liberté" et "Le Courrier" (édition du 27 décembre) ont fait état de la chute de la fréquentation dans les salles de cinéma en 2007 (-13%). L'article met en question le rôle de l'école.

 

"Les jeunes sont indifférents à la qualité et au mode de visionnement. Pour eux, on peut très bien regarder un film sur l'écran d'un téléphone portable. Ce qui m'échappe complètement", témoigne l'exploitant de salles fribourgeois Marc Salafa. Il regrette l'absence d'éducation en la matière : "La Lanterne magique joue très bien son rôle auprès des enfants, mais ensuite il n'y a plus rien alors que c'est le rôle de l'école d'initier les élèves aux médias, d'aiguiser leur sens critique".

Rappel important, mais entaché d'un gros oubli : les milliers d'écoliers et de collégiens qui remplissent vos salles lors des séances scolaires au Festival de Fribourg, est-ce vraiment RIEN, M. Salafa ?

L'article signale que l'OFC mène une étude sur les modes de consommation du cinéma des jeunes. Un de ses représentants signale qu'il s'agit "d'intéresser les jeunes au cinéma en utilisant les mêmes outils qu'eux". Un impératif que de nombreux enseignants ont déjà compris en recourant aux TIC pour réaliser des courts métrages avec leurs classes : voir le Festival de l'Ultracourt, le Festival vidéo et multimédia des écoles à Genève, etc.

Dans son commentaire, Stéphane Gobbo a raison d'ironiser sur les prétendus "étudiants en cinéma" qui croient quasiment que le genre a été inventé par Tarantino ou Luc Besson. Les brillantissimes programmes de la Cinémathèque à Lausanne ne rencontrent pas souvent l'audience qu'ils méritent. Mais quels profs passionnés encouragent les jeunes à les fréquenter ? Quels cercles permettent des débats sur les films ?

Dernière interrogation de "La Liberté" : "Pourquoi l'histoire du cinéma ne serait-elle pas enseignée à l'école ?" Ah! Vaste question! Qu'un film soit porteur d'une vision du monde devrait pouvoir être démontré par tout enseignant, avec une formation adéquate. Mais ces cours font souvent défaut. Les programmes de formation continue sont plus volontiers étoffés avec des cours-outils (cette chère informatique prend le pas sur l'analyse des images). Et très sincèrement, chers médias, a-t-on jamais vu un député ou un conseiller d'Etat interrogé avant les élections sur la place qu'il est prêt à attribuer au cinéma dans les programmes scolaires ? On se crispe plus volontiers sur les bases scolaires (pas acquises, tout fout l'camp!).

Il n'en demeure pas moins que la mise en place d'un nouveau plan d'études romand (en cours) est porteuse de grands espoirs : car ce plan accorde une place légitime à l'analyse des médias et des images. 

 


Adieu l'Emile

Adieu l'Émile, je t'aimais bien
Adieu l'Émile, je t'aimais bien, tu sais

 Emile Gardaz (1931-2007)

Aujourd'hui, on reprend les paroles de Jacques Brel. Car des histoires de Oin-Oin et de Milliquet, on en a connu de plus drôles.

Toi l'Emile, tu avais le talent, la plume, la finesse. Tu savais comme personne nouer le dialogue avec les auditeurs. Je t'avais un jour écrit pour te féliciter d'avoir diffusé une interview politiquement incorrecte : à ton micro, Topor s'était moqué de tout (des comédiens au théâtre, des patineurs artistiques, ...). C'était désopilant, mais cette interview t'avait valu un déluge de téléphones indignés. L'ado que j'étais t'avait écrit (à la machine!) pour soutenir ta démarche. Le mardi suivant, tu avais lu des extraits de ma lettre au micro. Une semaine, c'était le tarif à l'époque dans le domaine de l'interactivité...

Avec toi, Emile, on prenait rendez-vous, de semaine en semaine. Dans ta voix, il y avait des choses qui passaient instantanément. Je n'ai jamais entendu ma mère rire autant qu'en t'écoutant à "Mardi les gars". Sûr que c'est en grande partie grâce à toi que la Radio est aussi présente dans le coeur des Romands...

On peut te revoir en action au micro ICI. et la RSR te rend hommage à 16h. Tantôt...

Salut l'Amiral...et respect!

Christian Georges


Francocentrisme

L'émission "Arrêt sur images" a disparu sur le petit écran. Elle survit sur le web grâce au site www.arretsurimages.net. Près de 25.000 personnes ont déjà souscrit un abonnement. Ces dernières semaines, ceux qui avaient soutenu Daniel Schneidermann par la voie d'une pétition ont reçu des courriers insistants : "Abonnez-vous!" Le site a en effet décidé de se passer totalement de publicité, pour sauvegarder son indépendance. Il a apparemment aussi décidé de se passer des nouvelles qui concernent la francophonie hors de France : crise gouvernementale en Belgique, essai du Taser sur un parlementaire suisse au journal de la TSR, éjection de Christoph Blocher du Conseil fédéral ? Voilà des sujets qui n'existent tout simplement pas au sommaire d'arretsurimages.net ! Et à lire la liste des sujets, c'est plutôt le parisiano-centrisme qui contamine tout, au plus grand mépris des potentiels abonnés hors de France...

Du coup, il faut se féliciter du lancement de "Médialogues" par la Radio Suisse Romande, une émission qui gagne chaque mois des auditeurs à sa cause. Et se demander à quand une émission de recul critique sur la télévision à la TSR ?


Kadhafi plante sa tente en France

"Le petit Abdallah campe à Moulinsart"

écrit joliment Dominique Dhombres dans "Le Monde". Cela valait le coup de ressortir l'image de "Coke en Stock", mille sabords !

En revanche, samedi 15 décembre, la police parisienne a rapidement fait évacuer les tentes des "Enfants de Don Quichotte" qui souhaitaient rappeler le problème des sans-abris. Il y a tente et tentes...

"Grounding" catastrophique

Diffusé lundi par la TSR, "Grounding" est à la hauteur du sujet traité : la catastrophe cinématographique est à la mesure du fiasco de la compagnie Swissair.

Marcel Ospel (le faux), vrai méchant de "Grounding".

Il y a des films qui gagnent à être vus à contretemps, hors du contexte hyper médiatisé de leur sortie. Histoire de jeter dessus un regard moins conditionné par les appréciations critiques et les slogans publicitaires. Avouons-le : il nous a fallu un sens de l'abnégation hors du commun pour suivre jusqu'au bout la diffusion de "Grounding, les derniers jours de Swissair", lundi soir sur la TSR.

Le modèle du film de Michael Steiner, c'est bien sûr "JFK" d'Oliver Stone. Même volonté de mélanger images d'archives et images de fiction, mêmes supputations paranoïaques, même volonté d'exploiter à fond un traumatisme national. Mais là où le réalisateur américain fait montre d'un savoir-faire évident (sans parler de la qualité des acteurs), là où il enflamme l'imaginaire, Michael Steiner reste cloué au sol. Il maquille en complexité ce qui n'est que confusion du propos (les 20 premières minutes sont hallucinantes de n'importe quoi). Il assigne aux banquiers le rôle des méchants et au Conseiller fédéral Villiger l'attribut de la lavette de service (ce qui reste du parti radical ne va pas monter au front). Quant à Moritz Suter, patron de Crossair, c'est le fourbe à cigare idéal (avec André Dosé), mais on est loin de la maxime d'Hitchcock : "Meilleur est le méchant, plus réussi sera le film". Z'aviez remarqué ? Tous les méchants fument, dans "Grounding".

Amateurs d'éclaircissements sur ce qui a réellement fait couler Swissair, passez votre chemin ! On voit du reste mal le cinéma réussir là où la justice a échoué dans un procès aux longs cours. Le plus éprouvant du film est cependant son style visuel, fait de zooms aussi incessants qu'inutiles (avant, arrière, avant), de tremblements et de ruptures. Les scènes dans la famille italienne surprennent : on ne voit pas apparaître un produit à la fin de ces saynètes totalement inspirées par l'imagerie publicitaire. Idem avec le papy gâteau qui bichonne son zinc.

Plombé par mille défauts, le film n'est toutefois pas dénué d'intensité émotionnelle dans sa dernière demi-heure. Il donne tout de même à ressentir ce qu'ont dû éprouver les personnels de cabine au moment du grounding. Un peu d'humanité dans un film saturé de vaines gesticulations et de gimmicks "hollywoodiens" dérisoires...

Christian Georges


"Le Matin" vitaminé par ses concurrents

"Le Matin" n'est pas très satisfait de ses rubriques "consommation" actuelles". C'est ce qu'a avoué sa rédactrice en chef adjointe Ariane Dayer, lors des Assises du journalisme, le 20 novembre dernier à Lausanne. Aveu méritoire. Etonnamment, ces jours-ci, le quotidien orange vante dans ses affichettes de sujets pompés chez ses concurrents. "Les sapins de Noël 20% plus cher", c'était repris de "La Liberté", "L'Express" et "L'Impartial". "Jouet vedette de Noël, un hélico de salon" (ce mardi) reprend les infos publiées dans "Le Temps" d'hier... Les lecteurs ont parfois de bonnes raisons de reprocher aux journalistes de se lire parmi et de tous parler de la même chose au lieu d'aller chercher des infos originales...


De la télé-réalité au Téléthon

Samedi soir, Téléthon sur France 2. Nagui (photo) lance une séquence de reportage sur un des petits grands malades pour lesquels la collecte est organisée. Un gosse atteint de la myopathie de duchene, affection dégénérative : avec une espérance de vie de moins de 30 ans, le gosse troquera bientôt le quad de ses jeux par le fauteuil roulant. Les parents témoignent, sobres, dignes, au bord des larmes. Et pourtant, la séquence fait tiquer...

La séquence fait tiquer parce qu'au montage, les gens de la chaîne n'ont pas pu s'empêcher de plaquer une petite musique sentimentale sur les paroles des parents. Quelques notes de piano parfaitement audibles pour renforcer, souligner, une émotion qui n'avait nul besoin de l'être. A-t-on à ce point peu confiance dans la force des témoignages bruts ? Les effets courants dans les émissions de télé-réalité ont-ils à ce point contaminé tous les domaines ?

"Impossible de rester insensible à cela, si l'on a un coeur", claironne Nagui dès la fin de la séquence. Avoir un coeur n'empêche pas d'avoir aussi des oreilles et un esprit critique.

 

Dimanche soir : Arte diffuse "Un après-midi de chien" de Sidney Lumet. Pendant 2h, Al Pacino (photo) s'escrime à braquer une banque. Il a besoin de l'argent pour offrir une opération chirurgicale à un ami. Histoire vraie. Deux heures de thriller, pas une seule musique d'accompagnement pour marquer les effets dramatiques ou forcer l'émotion du spectateur. Précision : le film date de 1972...


Carbonisés par le tube ?

Jean-Philippe Desbordes a analysé l'effet du conditionnement télévisuel sur les jeunes enfants. Il a livré ses conclusions aux journalistes de Médialogues (RSR). On peut le réécouter ICI.


Circulez, y a kekchose à voir

25 % du divertissement que nous consommerons en 2012 sera créé et consommé par des communautés d’utilisateurs, plutôt que par des médias, prédit Nokia. Un phénomène que le constructeur désigne sous le nom de "divertissement circulaire". C'est ce qu'on lit ce matin dans "L'Espresso" de Télérama.

Nokia prêche pour ses parts de marché, mais ça donne à réfléchir quand même.


Du tac au tac

"Je suis autant un ancien socialiste que vous êtes un ancien journaliste" 

Charles Beer, directeur de l'Instruction publique genevoise, à Darius Rochebin, présentateur du 19:30 sur la TSR. Mardi 4 décembre 2007. A revoir ICI.