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Mediablog

Monsieur 50.000 volts et les gogos

Mercredi soir, la Télévision suisse romande a diffusé dans son journal d'information de 19h30 des images fort spectaculaires : on y voyait le vice-président de l'UDC Yvan Perrin "terrassé" par la décharge électrique du Taser, ce pistolet destiné à aider les forces de l'ordre à mater les irascibles. Cette diffusion qu'on peut revoir ICI soulève de nombreuses questions.

1 ) Info ou campagne de promotion ?

On ne peut manquer d'être frappé par le dispositif mis en place. La séance de tir a été organisée à l'initiative du quotidien "Le Matin". Les images ont été tournées dans les locaux de Taser France, en présence de nombreux représentants des médias et d'élus. Par bonheur, le montage de la TSR inclut l'interview d'une opposante à la banalisation du Taser, Anne-Catherine Ménétrey, qui déclare : "Je me demande ce que je fais ici. On a une sorte d'opération promotionnelle". Le mot est lâché... Pour ceux qui ne sauraient pas encore que Taser France lance depuis plusieurs mois une campagne de grande envergure pour la promotion de son produit et contre les gêneurs qui contestent son innocuité, on peut ce rendre sur cette page Internet.

2 )  Une décharge bien gentillette

Comme le remontre le site de 20 Minutes, et surtout la vidéo du "Matin", Yvan Perrin était encadré par deux employés de la firme au moment du test. Deux employés qui lui tenaient fermement les bras. Evidemment, ces deux anges gardiens étaient là pour amortir sa chute. On n'imagine pas le ténor de l'UDC venir se fracasser les dents à deux doigts de la caméra. En situation dans le terrain, le clandestin qu'on renvoie ou le manifestant peu commode ne bénéficieraient pas d'un tel traitement de faveur.

La photo diffusée par l'AFP.

La brièveté de la décharge laisse aussi supposer une démonstration tronquée : à peine est-il au tapis qu'Yvan Perrin demande s'il peut se relever. Plus loin dans le sujet, un employé de Taser fait miroiter à la caméra le petit éclair bleu du pistolet pendant de nombreuses secondes. Toutes les vidéos amateur montrant des arrestations au Taser (il y en a à foison sur YouTube) dégagent une autre impression : la personne hurle longuement. Evidemment, tout dépend du temps que l'on maintient le doigt pressé à fond sur la détente de l'arme une fois que les électrodes sont plantées...

Dans son édition du 6 décembre, "Le Courrier" confirme qu'Yvan Perrin a reçu une décharge de 2 secondes, au lieu des 4 secondes habituelles...

3) Qui veut-on convaincre ?

Tant pis s'il reste des gogos enclins à saluer la "bravoure" de l'élu UDC. 

Dans plusieurs Etats dits de droit, la question de l'usage du Taser est controversée. Une telle opération de charme destinée aux médias vise à prouver l'innocuité de ce pistolet à électrochocs dans des conditions qui n'ont rien à voir avec la réalité. Comme le déclarait un professionnel de la sécurité, l'important n'est pas seulement de savoir si cette arme peut tuer ou pas, mais de connaître l'étendue des usages que la police pourrait en faire.

ChG

PS: Dans "Le Temps" du 10 décembre, Yvan Perrin déclare : "Je n'ai jamais prétendu tester le Taser dans les conditions réelles". Il se déclare opposé à son utilisation lors de renvoi d'étrangers, mais favorable face à des gens qui "pètent les plombs" et mettent en danger la sécurité publique.


CONCESSION SSR : Piquantes exigences !

Le Conseil fédéral a publié mercredi la nouvelle concession octroyée à la SSR. Ce document précise le mandat et les attentes placées dans les chaînes de radio et de télévision du secteur public. Nous étions impatients de découvrir les obligations liées à la formation, à l’éducation et au jeune public. Voici quelques extraits significatifs, avec les explications du gouvernement.

Article 2. alinéas 1 et 2 : « Dans ses programmes, (la SSR) promeut la compréhension, la cohésion et l’échange entre les différentes régions du pays, les communautés linguistiques, les cultures, les religions et les groupes sociaux. Elle favorise l’intégration des étrangers en Suisse ».

 « Ses prestations en matière de programmes sont de même valeur dans toutes les langues officielles ». 

Précisions : « Le mandat de service public différencie la SSR des diffuseurs commerciaux ».

 

« L’obligation de favoriser l’intégration des étrangers en Suisse ne signifie pas que la SSR doit diffuser des émissions dans la langue des ethnies concernées. Il s’agit simplement de traiter dans les programmes des thèmes susceptibles d’avoir des effets intégrateurs.

 

Article 2, alinéa 3 : « Tout en restant dans le cadre programmatique et financier qui lui est imposé, la SSR tient compte des demandes et des intérêts du public ».

 

Précision : «…les programmes de la SSR doivent tenir compte des demandes et des intérêts de tous et ne pas être axés uniquement sur la majorité du public. Les points de vue des minorités et les offres culturelles ne répondant pas aux goûts de la majorité y ont aussi leur place, dans la mesure où les ressources disponibles, tant en matière de programmes que sur le plan financier, le permettent ».

 

Commentaire : Dommage que la dernière partie de la phrase affadisse totalement la portée du début !

 Article 2, alinéa 4, lettre c) : « La SSR contribue à la formation du public, notamment grâce à la diffusion régulière d’émissions éducatives » 

Précision du Conseil fédéral : « Le mandat de formation ne porte pas uniquement sur la télévision scolaire, le perfectionnement des adultes ou la formation destinée au grand public. Il exige aussi de la SSR qu’elle propose des programmes permettant au public d’adopter une attitude critique et responsable par rapport aux médias et ainsi qu’elle puisse encourager la compétence en matière de médias ».

Commentaire : Pour la régularité et le regard critique (y compris sur la télévision), il sera intéressant de voir comment la TSR répondra à ces exigences.

A suivre…