Romandie.com
 
Créer un blog | Noter ce blog | Signaler un abus
 
| Autre blog ? >>  

Mediablog

Castellinaria (2) : la vidéothérapie des skaters

Se servir de la vidéo avec des jeunes en rupture, c’est le pari pris par le Spazio Ado de la Fondation Amilcare à Lugano. Montrés dimanche à Bellinzone, leurs travaux tissaient d’étonnants parallèles avec « Paranoid Park » (photo) et l’univers de MTV.

Dimanche matin. Par un soleil à ne pas mettre un cinéphile dedans, nous étions pourtant une trentaine à assister à la projection de films réalisés par de jeunes Tessinois. Vidéo de rigueur, mais ambitions affirmées. Confirmation qu’avec la réduction drastique des coûts, n’importe qui peut aujourd’hui réaliser SON film. A condition d’avoir des idées, des copains passionnés et quelques relations.

 

Malheureusement, parmi les jeunes, certains n’ont rien de tout ça. Ni idées, ni relations. Au Spazio Ado de Lugano, les éducateurs font face à une population difficile : des 14-18 ans qui ont peu confiance en leurs moyens. Des gars et des filles en rupture (ni école, ni apprentissage, ni lien avec le monde des adultes). Des jeunes qui manquent d’ouverture à des points de vue différents, quand ils ne retournent pas leur énergie contre eux-mêmes ou contre les autres.

 

D’où l’idée de les faire travailler avec la vidéo. Un moyen de remettre en marche leur imaginaire, de les impliquer dans une activité. Les résultats seront tout de suite visibles, même s’il ne bouleverseront pas l’histoire du cinéma. Que voit-on dans ces films ? D’abord l’ennui, la difficulté à « tenir dans le cadre » des protagonistes, leur désir d’enfance (au jardin public), leurs codes gestuels, la tentation des substances (fumette et clopes). « Ces films ne sont pas faits pour être montrés à un public », s’excusait presque une éducatrice. Mais les jeunes en question, que voient-ils, eux ? Apprennent-ils à s’accepter tels qu’ils sont ?

 

Les éducateurs luganais ont l’intelligence de ne pas dicter les scénarios. Les jeunes se mettent en scène dans des situations qu’ils apprécient : une visite au skate park se révèle (une fois montée et sonorisée) aussi fascinante que celle du film de Gus Van Sant : la pesanteur du réel s’estompe pour un instant assez magique ; une séquence au terrain de foot permet de monter force ralentis sur les prouesses techniques des garçons (qui savent qu’ils ne deviendront pas tous Ronaldo, mais c’est déjà ça) ; présenté dans ses différentes phases de réalisation, un graffiti prend toute sa dimension…

 

La séquence la plus touchante est aussi la moins attirante a priori. « Pimp my ride, made in Tessin » pastiche l’émission de MTV. Dans une décharge, un ado récupère une voiture d’enfant à pédales. Il entreprend de la repeindre avec application. Après le générique de fin, un gosse en prend possession avec un sourire heureux et incrédule. Ce sourire, c’est sûr, vaut tous les encouragements du monde.

 

La vidéo fait le lien entre l’intention et le résultat, entre les adultes et les jeunes. Elle donne la mesure des efforts à accomplir, des imperfections à surmonter… Belle école de vie.

CGS


Castellinaria (1) : cinéma et vodka Red Bull

Au milieu des années 80, quelques amis tessinois lançaient l’idée autour d’une table : « Et si on organisait un festival de films dédiés aux enfants et à la jeunesse ? » L’idée a été concrétisée, avec éclat. Castellinaria fête cette année sa 20ème édition (www.castellinaria.ch). Les écoles du canton jouent le jeu à fond. Dès l’ouverture des inscriptions en ligne pour les projections scolaires, quatre films ont rempli les salles en moins de trois heures. Du 19 au 23 novembre, près de 10.000 élèves assisteront à des séances, à des débats. Autre singularité : les deux compétitions sont jugées par des adolescents : celle des films destinés aux 6-15 ans et celle des films accessibles aux 16-20 ans. Six étudiants de Saint-Imier et de Porrentruy sont de la partie.

Samedi soir, la salle bien remplie de l’Espocentro de Bellinzone accueillait la soirée inaugurale. On y a fait la rencontre avec un jeune acteur épatant de 19 ans, Giovanni Capovilla (photo). Un gars qui ne se la joue pas (c’est rare dans le milieu!). Il avait accompagné ses copains à un casting. C’est lui qui a été choisi pour tenir le rôle principal de « La Giusta Distanza » (« La bonne distance ») de Carlo Mazzacurati. Dans le film, il campe un jeune pirate informatique qui espionne en solitaire les e-mails de la nouvelle institutrice du coin. Il apprendra que l’on ne s’introduit pas impunément dans l’intimité des autres. Il apprendra aussi à se méfier des apparences, des ragots et des formules à l’emporte-pièce. D’excellentes leçons pour le futur journaliste qu’il aspire à devenir. Un journaliste tenu de trouver la bonne distance entre le froid recul et l’excès d’implication dans les sujets traités. Mazzacurati aurait gagné à coller davantage au point de vue de ce Candide, qui apprend à voir le monde. Mais le public a salué par des applaudissements nourris ce roman d’apprentissage. Un public plutôt adulte et même d’âge mûr à la vérité. La jeunesse bellinzonaise, elle, s’agglutinait dans la rue à 300 mètres. Socialisation bruyante du samedi soir aux portes des bars, autour d’une quantité impressionnante de canettes et de bouteilles de vodka Red Bull.

CGS