Tchad : l'humanitaire a bon dos.
L'affaire des enfants "orphelins" au Tchad a de quoi consterner, à plusieurs titres. Mais il est passionnant d'analyser l'effet boomerang du plan médias orchestré par l'association "L'Arche de Zoé". Tout comme le reportage au Tchad de France 2, le document diffusé dimanche soir dans "Mise au point" (Télévision suisse romande) était éclairant à plus d'un titre, même s'il ne supprime pas toutes les zones d'ombres d'un vaste marché de dupes.

Premier acte : L'arche de Zoé diffuse la photo (ci-dessus) sur son site. Le document s'inscrit dans une longue lignée de clichés destinée à secouer la mauvaise conscience de l'Occident face à l'Afrique en détresse (du Biafra au Darfour, en passant par l'Ethiopie). La main d'un adulte caresse la fragilité de la vie. L'infiniment petit (la capsule) donne la mesure de l'infiniment grand (l'état de nécessité). Le message se veut clair : il faut sortir de l'enfer du Darfour autant d'enfants que possible. Comme si une photo résumait à elle seule la condition de l'ensemble des enfants d'une région.
Deuxième acte : les responsables de l'Arche de Zoé acceptent d'emmener trois journalistes avec eux au Tchad. Inconscience ? Vertige narcissique ? Délire de fous furieux qui ont intégré l'idée (très contemporaine) que tout se vit et se médiatise désormais en direct ? Occupés à travailler à leur propre gloire (ou leur propre profit), les pieds nickelés de l'humanitaire semblent ne pas avoir pressenti à quel point la médiatisation de leur entreprise pouvait les desservir. Le document diffusé dès sa libération par le journaliste de l'agence Capa se révèle désastreux, une future pièce à conviction à charge pour la justice. Le responsable de l'Arche de Zoé Eric Breteau s'y montre tout à fait conscient de la liberté prise avec les législations en vigueur. Sa compagne Emilie procède à des enregistrements d'enfants avec une désinvolture à peu près complète, malgré la présence d'interprètes. Il paraît évident que ni l'un ni l'autre ne possèdent les compétences, la formation ni l'éthique nécessaire pour mener une opération humanitaire digne de ce nom.
Troisième acte : les intermédiaires tchadiens prennent peur. Au moment d'évacuer les enfants, les "infirmières" simulent des plaies et des blessures de guerre sur les membres des petits. Les Tchadiens craignent pour leur pomme. On les voit signifier aux Français que ces petits du Darfour (donc soudanais) ont des familles tchadiennes. Tiens donc ?!
Quatrième acte : L'évacuation en douce des 103 enfants échoue. Les "humanitaires" et leurs acolytes sont arrêtés. Dimanche 4 novembre, le président français Nicolas Sarkozy obtient la libération des trois journalistes et des quatre hôtesses de l'air espagnole du charter fatal. Problème : d'après les informations du site http://arretsurimages.net, la journaliste de France 3 était au Tchad à titre personnel, à des fins d'adoption. Elle aurait seulement emprunté une caméra à sa chaîne pour donner des reflets de l'opération à son retour. Sur le document Capa, on la voit dire, accablée, en parlant des gens de L'Arche de Zoé : "Ce sont des idéalistes, pas des criminels".Cinquième acte : Un reportage de France 2 présente le retour de quelques enfants auprès de ceux qui sont présentés comme leurs pères : ceux-ci affirment qu'ils ont laissé partir leurs enfants avec la promesse d'une scolarisation à Abéché. Non, ils n'auraient pas touché d'argent pour ce départ.
Les deux reportages ont les défauts et les qualités des documents saisis dans l'instant : ils attestent absolument de certaines choses (l'amateurisme humanitaire de l'Arche de Zoé, l'ambiguïté volontairement entretenue sur l'origine ethnique des enfants), mais ils restent totalement opaques sur d'autres éléments clés (l’implication éventuelle des Africains dans ce qui s’apparente de très près à un trafic d’enfants).
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05 Novembre 2007 à 09:40 dans
- Général
