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Mediablog

Castellinaria (1) : cinéma et vodka Red Bull

Au milieu des années 80, quelques amis tessinois lançaient l’idée autour d’une table : « Et si on organisait un festival de films dédiés aux enfants et à la jeunesse ? » L’idée a été concrétisée, avec éclat. Castellinaria fête cette année sa 20ème édition (www.castellinaria.ch). Les écoles du canton jouent le jeu à fond. Dès l’ouverture des inscriptions en ligne pour les projections scolaires, quatre films ont rempli les salles en moins de trois heures. Du 19 au 23 novembre, près de 10.000 élèves assisteront à des séances, à des débats. Autre singularité : les deux compétitions sont jugées par des adolescents : celle des films destinés aux 6-15 ans et celle des films accessibles aux 16-20 ans. Six étudiants de Saint-Imier et de Porrentruy sont de la partie.

Samedi soir, la salle bien remplie de l’Espocentro de Bellinzone accueillait la soirée inaugurale. On y a fait la rencontre avec un jeune acteur épatant de 19 ans, Giovanni Capovilla (photo). Un gars qui ne se la joue pas (c’est rare dans le milieu!). Il avait accompagné ses copains à un casting. C’est lui qui a été choisi pour tenir le rôle principal de « La Giusta Distanza » (« La bonne distance ») de Carlo Mazzacurati. Dans le film, il campe un jeune pirate informatique qui espionne en solitaire les e-mails de la nouvelle institutrice du coin. Il apprendra que l’on ne s’introduit pas impunément dans l’intimité des autres. Il apprendra aussi à se méfier des apparences, des ragots et des formules à l’emporte-pièce. D’excellentes leçons pour le futur journaliste qu’il aspire à devenir. Un journaliste tenu de trouver la bonne distance entre le froid recul et l’excès d’implication dans les sujets traités. Mazzacurati aurait gagné à coller davantage au point de vue de ce Candide, qui apprend à voir le monde. Mais le public a salué par des applaudissements nourris ce roman d’apprentissage. Un public plutôt adulte et même d’âge mûr à la vérité. La jeunesse bellinzonaise, elle, s’agglutinait dans la rue à 300 mètres. Socialisation bruyante du samedi soir aux portes des bars, autour d’une quantité impressionnante de canettes et de bouteilles de vodka Red Bull.

CGS


Bollywood

 "OM SHANTI OM" Une grosse production de Bollywood pour chasser la froideur du week-end. Séance unique, dimanche 18 novembre 2007, au Cinéma Capitole à Lausanne, à 17h30.


Critique

"Le journalisme actuel obéit à des courants intellectuels qui remontent à l'avant-guerre. Il y a peu de réflexions, de questions, de remises en cause. Il procède par imitation, par perpétuation des mêmes recettes toutes faites. Le journalisme critique tout, sauf le journalisme".

Matthias Bruggmann, photo-reporter, 29 ans, dans "Le Temps" du 14 novembre.

Exposition liée à la Somalie au Photoforum Pasquart à Bienne jusqu'au 25 novembre.

www.pasquart.ch


La religion des séries

Un tsunami déferle sur les médias depuis quelques mois : celui du discours sur les séries télé. "La nouvelle religion des Romands", claironnait L'Hebdo il y a peu. Eh bien balayons ces relents d'encens : cette vogue est symptomatique d'une culture à produire de l'oubli.

Quand plusieurs médias parlent de quelque chose, aucun média ne veut être en reste : alors tous s'y mettent, avec application, enthousiasme frelaté ou réelle passion. Les séries télévisées (américaines surtout) sont le truc hot du moment. "Elles nous scotchent", "Elles nous font perdre de précieuses heures de sommeil", "On les consomme frénétiquement". Voilà ce qu'on entend dans la boucle médiatique du moment. Avec un amusement d'E.T si elles n'occupent pas une seule minute de notre temps libre (c'est mon cas). Un passage à la FNAC a sans doute convaincu les journalistes : les coffrets qui regroupent des saisons entières occupent un espace de plus en plus grand chez les débiteurs de produits culturels en gros.

Eh bien, cette vague nous laisse froid, totalement froid. Elle nous paraît symptomatique d'une époque qui vit le divertissement culturel sur le mode de la fuite en avant, de l'intensité fugace sans approfondissement, du fractionnement de la concentration humaine vers l'infinitésimal. Bref, la culture de l'hyperlien ("Vite que je clique sur autre chose!...")

Il ne nous échappe pas que la fabrication des séries met en oeuvre des talents pointus, une intelligence très vive des comportements humains, un génie de la synthèse de données très complexes. Une série révèle toujours quelque chose de l'état de la société. Nous n'accablerons pas ceux qui y trouvent matière à enflammer leur imaginaire. Nous proposerons même, ici sur ce site, une activité destinée aux classes de Suisse romande très directement en phase avec une série. Mais nous maintenons que le cinéma garde la prédominance dès lors qu'il s'agit de structurer une vision du monde, une réflexion sur l'Homme d'hier, d'aujourd'hui et de demain. Revoyez les films de Kubrick en ce moment rediffusés sur Arte ! Combien de séries prétendument "cultes" aujourd'hui tiendront le coup dans 40 ans ?

A l'heure où le babil médiatique s'emballe sur les héros et les héroïnes des séries (ces créatures plus proches de la Californie du Sud que de votre moi profond), allez au cinéma découvrir les grands films de l'année primés à Cannes. Comme "De l'autre côté" de Fatih Akin (photo 1), "Paranoïd Park" de Gus Van Sant (photo2) ou "Lumière silencieuse" de Carlos Reygadas (photo 3).

   

Christian Georges


TV5 sauvée, mais dans la tension

Le journal "Le Monde" donne un résumé moins lisse que le communiqué officiel. Jugez plutôt par ces extraits de l'article de Daniel Psenny...

"Ce n'est pas la crise, mais nous n'en sommes pas loin", résume un haut fonctionnaire français à l'issue de la 20e conférence sur l'avenir de la télévision francophone TV5 Monde, qui s'est tenue à Lucerne vendredi 9 novembre. Cette conférence qui réunissait les représentants suisses, français, canadiens, québécois et ceux de la communauté française de Belgique a, selon plusieurs témoins, été "houleuse". La France, qui détient 66 % des actions de la chaîne mais la finance à hauteur de 84 %, a été mise en cause par ses partenaires qui la soupçonnent de vouloir faire de TV5 Monde "la voix de la France".

(...)

Présent également, Georges-Marc Benamou, conseiller pour l'audiovisuel de M. Sarkozy, a semé le trouble en suggérant que TV5 Monde rejoigne une "marque ombrelle" regroupant tout l'audiovisuel extérieur français. Il proposait, en outre, que la chaîne décline des thématiques pour une diffusion sur Internet. Deux propositions qui ont déclenché la colère des Québécois et des Belges ainsi que celle des représentants français, qui n'avaient pas été mis au courant de cette initiative... "Il y a une nécessité de travailler en totale transparence", a rappelé Christine St-Pierre, ministre de la culture et des communications québécoise.

(...)

Joint dimanche soir par Le Monde, M. Benamou a confirmé que "la réforme de l'audiovisuel extérieur français est bien en marche". "Ceux qui veulent marcher avec nous sont les bienvenus", a-t-il ajouté.

En attendant, tous les partenaires ont accepté d'augmenter leur part au budget de 2,5% au moins. Et de notre côté, on reste perplexes par rapport aux efforts prétendument faits pour soutenir les programmes jeunesse sur TV5. Si certains programmes peuvent en effet toucher les grands adolescents (Kiosque, 7 jours sur la planète, Découverte), voire de plus jeunes (1 minute au musée), on peine à distinguer des rendez-vous forts, bien identifiés, destinés aux enfants.


L'avenir de TV5 Monde

Les Ministres de la Suisse, de la France, du Canada, du Québec et de la Communauté française de Belgique, responsables de TV5, se sont réunis à Lucerne, vendredi 9 novembre. Ils ont réaffirmé leur engagement dans ce grand projet qui constitue un instrument fondamental pour la coopération multilatérale francophone et l'expression de la diversité des cultures.

TV5 offre des émissions en langue française auprès de plus de 181 millions de foyers, 24 heures sur 24, ce qui en fait le 2ème plus grand réseau mondial de télévision après MTV et avant CNN. Elle est regardée quotidiennement par 26 millions de téléspectateurs dans plus de 203 pays. Les partenaires ont convenu de redynamiser la présence de cet opérateur privilégié de la Francophonie qu'est TV5. Tout en rappelant les principes fondateurs de la chaîne multilatérale francophone tels que le pluralisme, le caractère généraliste, multilatéral et la diversité culturelle, les Ministres ont discuté des lignes stratégiques mettant l'accent sur les programmes et les nouveaux services interactifs, notamment dans la perspective du réaménagement de la politique audiovisuelle extérieure de la France. Les Ministres ont pris note du rapport présenté par le comité d'experts sous la présidence de François Bonnemain (PDG de TV5 Monde) et de Suzanne Gouin (PDG de TV5 Québec Canada). Le mandat de ce comité était d'analyser les rapprochements techniques possibles entre TV5 Monde et France 24, en parallèle à la réforme de l'audiovisuel extérieur français. Les réflexions de ces experts ont porté sur les aspects suivants: la commercialisation et la distribution intégrée, la synergie des fonctions de support, le rapprochement des rédactions, la veille technologique commune ainsi que les nouvelles possibilités offertes par l'Internet. La perspective d'un marketing mondial a été évoquée, via une marque ombrelle qui pourrait positionner chacune des marques des opérateurs tout en respectant l'autonomie et l'identité des partenaires. Les Ministres ont souhaité que la partie française prépare un document  en tenant compte des considérations propres des gouvernements partenaires, afin d'aboutir, vers la mi-décembre, à une entente satisfaisante devant être validée par les Ministres avant la fin du 1er trimestre 2008. Conscient de l'importance d'accompagner budgétairement TV5 Monde, en 2008, l'ensemble des participants ont accepté de faire des efforts budgétaires supplémentaires. Les Ministres ont salué les excellents résultats enregistrés notamment au niveau de l'augmentation du sous-titrage et de l'évolution des grilles. La conquête et la fidélisation des publics a été améliorée grâce à une politique de programmation régulière, une modularité de la grille pour prendre en compte les décalages horaires et une adaptation aux habitudes de consommation locales. Les plus gros efforts réalisés ont porté sur le sous-titrage des langues et les programmes jeunesse : ce sont eux qui répondent au mieux aux objectifs d'accessibilité et d'attractivité de la chaîne. (dixit le communiqué de presse officiel).

Une autre télévision est possible

"La télé et l'école peuvent-elles se réconcilier?" Philippe Meirieu pose la question dans un petit livre vif, ardent, incisif avant d'inviter ses lecteurs à agir. Le "Café pédagogique" l'a lu et répercute le réquisitoire.

 "La télévision bafoue le droit à l'éducation. Elle le fait… en diffusant sans précaution des images que les enfants ne sont pas prêts à recevoir : plus encore que le la violence…,plus encore que le sexe… c'est la vulgarité et la bêtise qui traumatisent les enfants". Or, rappelle le pédagogue, les jeunes de 4 à 14 ans passent en moyenne 850 heures par an devant la télé, soit autant qu'à l'école. Voilà pour les enfants. Mais cet abrutissement ne réussit pas plus aux adultes. Invité assez souvent sur les plateaux télé, P. Meirieu est bien placé pour critiquer les caricatures de débats que l'on sert aux téléspectateurs. Et, pour une fois, il "balance" : Durand, Chabot, Ruquier en prennent pour leur grade. "Pas de message, du spectaculaire. Pas de nuances, du pugilat bien orchestré". Ajoutons-y aussi une bonne dose de servilité envers les puissants du moment. Mais le pire c'est finalement le vide de la télé. "La télévision… propose de nombreuses émissions sur les animaux de compagnie,les chevaux,l'automobile,le jardinage, la cuisine… mais rien sur les problèmes des parents face à l'émergence de la liberté de leurs enfants, rien sur l'école".

Peut-on sauver la télé ? "Les gens comme moi devraient renoncer définitivement à fréquenter le milieu de la télévision" nous dit P. Meirieu. Mais c'est un homme de télévision qui parle. P.Meirieu est responsable pédagogique de la chaîne de télévision lyonnaise pour l'éducation Cap Canal, "une chaîne qui témoigne qu'une autre télévision est possible". Une chaîne qu'il présente comme "pirate" dans le paysage audiovisuel français, qui donne à voir, réfléchir, comprendre pour les écoliers, les adolescents et leurs parents. Mais voilà, Cap Canal n'est reçu que dans une partie de la région Rhône-Alpes.

Le salut ne peut-il être qu'individuel ? Faudrait-il alors que chacun construise son "cap canal" local pour obtenir une télé de qualité ? P. Meirieu propose des issues réglementaires. Il invite à développer des télés qui débattent des projets locaux et remettent la citoyenneté à l'honneur.

Et les gens du Café pédagogique de rêver d'une chaîne qui donne à voir la réalité de l'Ecole, celle des enseignants impliqués dans leur travail, des projets qui engagent les élèves, de l'Ecole qui éduque et libère. Une chaîne qui apporte des réponses aux questions des parents et des enseignants. Une télé qu'on puisse capter partout. Cette télé est forcément produite par les enseignants, les parents et les acteurs de l'Ecole. Comment faire ? Le web offre un outil de diffusion à la fois peu onéreux et vers lequel à très court terme toutes les chaînes vont converger.

En Suisse romande, il y a déjà www.telemedias.net...

Une autre télévision est possible. Philippe Meirieu. (2007). Lyon : Chronique sociale. 127 p.


L'avenir de TV5 se discute à Lucerne

Sous la présidence du Conseiller fédéral Moritz Leuenberger, les Ministres  de la Suisse, de la France, du Canada, du Québec et de la Communauté française de Belgique, se réuniront à Lucerne le 9 novembre pour discuter du futur de TV5. La destinée de la chaîne francophone internationale sera au coeur des débats, particulièrement dans la perspective du réaménagement de la politique audiovisuelle extérieure de la France. Cette dernière plaide pour une synergie forte avec la chaîne d'information en continu France 24 et RFI.

Les autres pays s'alarment d'une possible mainmise de l'Etat français, qui considérerait ce pool audiovisuel comme "la voix de la France" dans le monde. Ils plaident pour l'indépendance rédactionnelle de TV5 Monde et pour une reprise équitable des émissions suisses, belges et québecoises sur les ondes.

Dans un communiqué de presse, l'OFCOM signale que les partenaires s'interrogeront sur la manière de renforcer la présence de TV5, associée à son image d'opérateur privilégié de la Francophonie, dans le paysage audiovisuel mondial.

Les Ministres seront appelés à adopter le cadre budgétaire de la chaîne en assurant la pérennité de son financement. TV5 est la seule expérience de ce type où une télévision généraliste est organisée et soutenue par plusieurs gouvernements.

Vitrine internationale unique de la production télévisuelle francophone, TV5 constitue un instrument fondamental pour la coopération multilatérale francophone et l'expression de la diversité des cultures. Diffusé sur 18 satellites et 6000 réseaux câblés, TV5, opérateur de la francophonie offre des émissions en langue française auprès de plus de 176 millions de foyers, 24 heures sur 24, ce qui en fait l'un des 3 plus grands réseaux mondiaux de télévision, aux côtés de MTV et de CNN. Elle est regardée quotidiennement par 25 millions de téléspectateurs dans plus de 203 pays.

La Présidence des Ministres responsables de TV5 est exercée par la Suisse depuis 2006. Elle s'achèvera à la fin de cette année.


Génération multitâches ? Mon oeil!

Anna Lietti fait s'écrouler un mythe naissant dans "Le Temps" du lundi 5 novembre : ce n'est pas parce que les jeunes sont particulièrement zappeurs qu'ils maîtrisent mieux le multitasking (la capacité à effectuer plusieurs choses en même temps). Au contraire : "Dans la gestion de tâches multiples, les adolescents sont moins performants que les adultes", affirme Martial Van der Linden, professeur de neuropsychologie à l'Université de Genève.

Jordan Grafman va plus loin : "Les enfants qui font leurs devoirs tout en jouant à des jeux en ligne et en regardant la télé compromettent leur avenir", déclare ce chef de la section de neurosciences cognitives à l'Institut national américain des troubles neurologiques. Il estime d'abord que ce jonglage nuit à l'apprentissage. Ensuite, il pointe le fait que le cerveau des adolescents, encore en formation, risque de ne pas acquérir les stratégies de concentration et d'approfondissement.

"Etudier en faisant des tas d'autres choses reste une très mauvaise idée", résume Martial Van der Linden.


Tchad : l'humanitaire a bon dos.

L'affaire des enfants "orphelins" au Tchad a de quoi consterner, à plusieurs titres. Mais il est passionnant d'analyser l'effet boomerang du plan médias orchestré par l'association "L'Arche de Zoé". Tout comme le reportage au Tchad de France 2, le document diffusé dimanche soir dans "Mise au point" (Télévision suisse romande) était éclairant à plus d'un titre, même s'il ne supprime pas toutes les zones d'ombres d'un vaste marché de dupes.

Premier acte : L'arche de Zoé diffuse la photo (ci-dessus) sur son site. Le document s'inscrit dans une longue lignée de clichés destinée à secouer la mauvaise conscience de l'Occident face à l'Afrique en détresse (du Biafra au Darfour, en passant par l'Ethiopie). La main d'un adulte caresse la fragilité de la vie. L'infiniment petit (la capsule) donne la mesure de l'infiniment grand (l'état de nécessité). Le message se veut clair : il faut sortir de l'enfer du Darfour autant d'enfants que possible. Comme si une photo résumait à elle seule la condition de l'ensemble des enfants d'une région.

Deuxième acte : les responsables de l'Arche de Zoé acceptent d'emmener trois journalistes avec eux au Tchad. Inconscience ? Vertige narcissique ? Délire de fous furieux qui ont intégré l'idée (très contemporaine) que tout se vit et se médiatise désormais en direct ? Occupés à travailler à leur propre gloire (ou leur propre profit), les pieds nickelés de l'humanitaire semblent ne pas avoir pressenti à quel point la médiatisation de leur entreprise pouvait les desservir. Le document diffusé dès sa libération par le journaliste de l'agence Capa se révèle désastreux, une future pièce à conviction à charge pour la justice. Le responsable de l'Arche de Zoé Eric Breteau s'y montre tout à fait conscient de la liberté prise avec les législations en vigueur. Sa compagne Emilie procède à des enregistrements d'enfants avec une désinvolture à peu près complète, malgré la présence d'interprètes. Il paraît évident que ni l'un ni l'autre ne possèdent les compétences, la formation ni l'éthique nécessaire pour mener une opération humanitaire digne de ce nom.

Troisième acte : les intermédiaires tchadiens prennent peur. Au moment d'évacuer les enfants, les "infirmières" simulent des plaies et des blessures de guerre sur les membres des petits. Les Tchadiens craignent pour leur pomme. On les voit signifier aux Français que ces petits du Darfour (donc soudanais) ont des familles tchadiennes. Tiens donc ?! 

Quatrième acte : L'évacuation en douce des 103 enfants échoue. Les "humanitaires" et leurs acolytes sont arrêtés. Dimanche 4 novembre, le président français Nicolas Sarkozy obtient la libération des trois journalistes et des quatre hôtesses de l'air espagnole du charter fatal. Problème : d'après les informations du site http://arretsurimages.net, la journaliste de France 3 était au Tchad à titre personnel, à des fins d'adoption. Elle aurait seulement emprunté une caméra à sa chaîne pour donner des reflets de l'opération à son retour. Sur le document Capa, on la voit dire, accablée, en parlant des gens de L'Arche de Zoé : "Ce sont des idéalistes, pas des criminels".Cinquième acte : Un reportage de France 2 présente le retour de quelques enfants auprès de ceux qui sont présentés comme leurs pères : ceux-ci affirment qu'ils ont laissé partir leurs enfants avec la promesse d'une scolarisation à Abéché. Non, ils n'auraient pas touché d'argent pour ce départ.

Les deux reportages ont les défauts et les qualités des documents saisis dans l'instant : ils attestent absolument de certaines choses (l'amateurisme humanitaire de l'Arche de Zoé, l'ambiguïté volontairement entretenue sur l'origine ethnique des enfants), mais ils restent totalement opaques sur d'autres éléments clés (l’implication éventuelle des Africains dans ce qui s’apparente de très près à un trafic d’enfants).