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Les exciteurs et les excités

"43% des achats en supermarché sont prescrits par les enfants", rappelait Philippe Meirieu (photo), samedi à Genève, devant le Congrès du Syndicat des enseignants romands (SER). Pour le pédagogue il n'y a aucun doute : "Si les génériques des émissions pour enfants ont été supprimés en France depuis cinq ans, c'est pour mieux les scotcher à la pub!"

Et Meirieu de relever un "oubli" : la fameuse lettre aux éducateurs de Nicolas Sarkozy s'adresse à toutes sortes de corps constitués (enseignants, magistrats, chercheurs, conservateurs de musées...), mais pas aux directeurs de chaînes de télévision. Preuve selon lui que son idéologie relève bien du modèle libéral-autoritaire. Liberté d'un côté, poigne de fer de l'autre. Sarkozy peut ainsi prôner la liberté de s'organiser de manière autonome entre les établissements scolaires. Puis réclamer la plus ferme autorité à l'intérieur de chaque établissement.

Les programmes jeunesse surexcitent les mômes ? Le système consacre la liberté pour les "marchands d'excitants" (les responsables des chaînes TV). Mais il exige dans le même élan la plus ferme autorité contre les excités.

L'école vit à l'ère du "capitalisme pulsionnel" ("Achetez! Zappez! Comblez vos désirs sur le champ!"). La société s'inquiète de ce qu'elle génère et réclame de l'école qu'elle joue une fonction "thermostatique" : trop de permissivité à l'extérieur justifie que la pédagogie réintègre de l'autorité.

L'enseignante et l'enseignant souffrent : ils sont en panne d'alliances pour faire comprendre à la classe moyenne que la démocratisation des études n'est pas terminée. Il reste 15 à 20% d'élèves en grande difficulté et il s'agirait de leur proposer autre chose que des mesures disciplinaires.

Problème : "Le pédagogue ne sait pas communiquer!", déplore Meirieu. Il est complexe, il n'a pas le sens du bon mot, des formules bien frappées. Il revendique l'esprit de sérieux et incarne la repentance besogneuse contre les "intellectuels décomplexés".