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Mediablog

Les profs, le ramadan, les blogs...

Faut-il encourager les enseignants à tenir un blog ?

Il y a de bonnes raisons de proposer des pistes et de donner des exemples. Voir ici.

Comme la Tribune de Genève, comme 24 Heures et comme d'autres, le quotidien français Libération se propose d'héberger des blogs. Il y a par exemple celui-ci :

Lisez un peu "Le ramadan, j'adore!". En moins d'un jour, cet article a recueilli plus de 150 commentaires... C'est décidément à lire. A la fois pour s'émerveiller de ce que peut faire surgir un blog comme réflexions pointues et profondes. Et aussi pour s'inquiéter des dérapages qu'un tel sujet sensible peut susciter quand il fleurit dans la blogosphère. Très éclairant!


Un 20h anorexique

Le 20h de France 2 va mal.

Cet été, "Télérama" révélait que "Le Parisien" (quotidien populaire) dicte souvent le choix des sujets du soir. "Le Canard enchaîné" et le site "Arrêt sur images.net" ont aussi expliqué comment l'envoyé spécial de France 2 a tambouriné comme un fou à la fenêtre de la voiture de la mère du petit Elias, pour la convaincre de faire une déclaration après le décès accidentel de son fils...

Mardi soir, David Pujadas ouvrait le 20h avec la "campagne choc" contre l'anorexie lancée en Italie, avec les affiches signées Oliviero Toscani (photo, le visuel destiné à faire connaître la ligne de vêtements No-l-ita).

Le modèle de Toscani est une Française et Pujadas piaffe de montrer l'extrait. Intérieur jour : assise sur un fauteuil, l'intéressée s'exprime. Elle est cadavérique. On ne voit que deux yeux, des pommettes et des clavicules saillantes, un nez de momie, des humerus. Elle dit qu'il faut que les filles comprennent que ça peut mener à ça, de commencer à faire des régimes. Drôle d'extrait d'ailleurs : pas l'ombre d'une question de journaliste, pas l'ombre d'une mise en contexte. L'état de choc est maintenu par des images (en noir et blanc) du shooting des photos de la campagne. La mort au travail, en gros plan.

Toscani explique que les médias ont une part de responsabilité dans cette histoire d'anorexie. Sans blague?!

Puis le correspondant en Italie de France 2 explique que les modèles doivent présenter un certificat médical prouvant qu'elles ne souffrent pas d'anorexie pour pouvoir participer aux défilés de mode. Le spectateur reste dubitatif devant les images d'archives (non situées) d'un défilé en question. Puis le journaliste explique pompeusement qu'avec cette mesure, le milieu de la mode s'est doté d'un "véritable code de déontologie".

Retour en plateau : Pujadas referme le sujet en rappelant vite fait que la France compterait 40.000 anorexiques. Puis avec une info qui fait dresser l'oreille : l'affiche serait reçue avec beaucoup de circonspection en France et son placardage déconseillé. Par qui ? Pourquoi ? Exemple flagrant de sujet pas traité, sans doute dicté par le seul et unique désir d'exhiber la fille. Bref, on est à la foire.

Et ça ne s'arrange guère avec le deuxième sujet : à Marseille, on juge les incendiaires (mineurs) d'un bus. Une passagère de 27 ans a été brûlée à 60%. Elle a renoncé à se présenter au procès (craignant les équipes de France 2 ?). Les reporters se sont rabattus sur la conductrice, défaite aux côtés de son avocat, encore en plein trauma...

Zapping rageur sur TF1 : au même moment, un sujet développé détaille la situation en Birmanie. Enfin un peu de hiérarchie dans l'info...

Post-scriptum : dans l'Hebdo du 4 octobre, le psychiatre français Xavier Pommereau donne un avis cinglant sur l'impact de la campagne anti-anorexie : "L'initiative de Toscani n'a aucun effet préventif contre l'anorexie. On n'a jamais empêché une guerre en montrant quelqu'un de défiguré par un obus. On ne peut pas soigner par l'image une maladie qui ne dépend pas de l'image."


Les exciteurs et les excités

"43% des achats en supermarché sont prescrits par les enfants", rappelait Philippe Meirieu (photo), samedi à Genève, devant le Congrès du Syndicat des enseignants romands (SER). Pour le pédagogue il n'y a aucun doute : "Si les génériques des émissions pour enfants ont été supprimés en France depuis cinq ans, c'est pour mieux les scotcher à la pub!"

Et Meirieu de relever un "oubli" : la fameuse lettre aux éducateurs de Nicolas Sarkozy s'adresse à toutes sortes de corps constitués (enseignants, magistrats, chercheurs, conservateurs de musées...), mais pas aux directeurs de chaînes de télévision. Preuve selon lui que son idéologie relève bien du modèle libéral-autoritaire. Liberté d'un côté, poigne de fer de l'autre. Sarkozy peut ainsi prôner la liberté de s'organiser de manière autonome entre les établissements scolaires. Puis réclamer la plus ferme autorité à l'intérieur de chaque établissement.

Les programmes jeunesse surexcitent les mômes ? Le système consacre la liberté pour les "marchands d'excitants" (les responsables des chaînes TV). Mais il exige dans le même élan la plus ferme autorité contre les excités.

L'école vit à l'ère du "capitalisme pulsionnel" ("Achetez! Zappez! Comblez vos désirs sur le champ!"). La société s'inquiète de ce qu'elle génère et réclame de l'école qu'elle joue une fonction "thermostatique" : trop de permissivité à l'extérieur justifie que la pédagogie réintègre de l'autorité.

L'enseignante et l'enseignant souffrent : ils sont en panne d'alliances pour faire comprendre à la classe moyenne que la démocratisation des études n'est pas terminée. Il reste 15 à 20% d'élèves en grande difficulté et il s'agirait de leur proposer autre chose que des mesures disciplinaires.

Problème : "Le pédagogue ne sait pas communiquer!", déplore Meirieu. Il est complexe, il n'a pas le sens du bon mot, des formules bien frappées. Il revendique l'esprit de sérieux et incarne la repentance besogneuse contre les "intellectuels décomplexés".


Kiffe ma mère...et Rohmer

Elle regarde ce qu'il y a de pire à la télé.

Il y a deux ans, c'était encore "Top Models".

Aujourd'hui, dans le meilleur des cas, c'est "Plus belle la vie".

Plus souvent, ce sont les programmes de télé-réalité de MTV :

"Dissmissed", ou le speed dating à trois qui tourne court pour entrer dans le format;

"Kiffe ma mère", où un jeune mec choisit de sortir avec celle des trois filles qui est le mieux "vendue" par sa propre mère (photo MTV).

Mais ce jeudi soir, surprise : elle regarde sur Arte le film d'Eric Rohmer "Conte d'automne" (photo ci-dessous).

Va-t-elle zapper ? S'endormir ?

Non, elle ne zappe pas. Elle est crochée. Elle suit avec délectation chaque rebondissement : qui va finir par occuper le coeur de Magali la vigneronne ?

Ce passage en douceur de la culture pop à la culture sophistiquée est passionnant. A priori, il y a un abyme entre les dialogues vulgaires, creux et traduits de MTV et la magie du verbe rohmérien. Mais on se met à douter : et si ces produits étaient plus proches qu'on ne l'imagine ? Et si, au bout du compte, c'est le fond qui comptait davantage que la forme ? On regarderait avant tout un film ou une série pour savoir "qui aura la fille"...

Autre conclusion possible : considérer que l'octogénaire Rohmer est le plus jeune des scénaristes virtuels de MTV. Depuis les "Contes moraux", il a non seulement précédé les formats qui font fureur aujourd'hui sur les télés, mais il les devance toujours avec sa suprême élégance.

Christian Georges


Notre cher leader

Cela se passe à la télévision, dans un pays à régime autoritaire.

Chaque soir, le même rituel.

A l'heure du souper et du journal, on offre aux téléspectateurs "un pâté de têtes" : les officiels officient, des assemblées muettes écoutent.

Le cher leader du pays livre sa bonne parole.

Quand un journaliste est filmé à la table d'un ministre, on le voit approuver sagement du chef et prendre des notes.

Quand un micro se tend à un interlocuteur, on n'entend pas l'interlocuteur : la voix off du journaliste nous résume le propos tenu par l'interlocuteur.

Parfois, au milieu des nouvelles, on voit la façade du palais de justice en plan fixe pendant de longues minutes. Une voix off décline la liste des personnes condamnées et celle de leurs crimes et délits.

Tout ça est loin, très loin. Le visiteur de passage se dit : "Les pauvres!..."

Et puis, de retour en Suisse, on apprend que le Ministre de la justice et de la police veut avoir sa propre émission de télévision hebdomadaire. Mieux : il a trouvé plusieurs chaînes de télévision régionales pour l'accueillir. Plusieurs chaînes où le rôle des journalistes est apparemment réduit à celui de cadreurs et de porte-micros. Le Ministre va faire la revue des événements de la semaine, donner sa version des faits, son interprétation. Prétention bizarre : le bonhomme est déjà très présent sur les chaînes officielles. Enfin, on va peut-être comprendre pourquoi son parti est aussi hostile à une chaîne de service public fort dans chaque région linguistique, garantie par la redevance radio-tv.

Sinon...eh bien on peut dire que la tiers-mondisation du paysage médiatique est en bonne voie...


TSRdécouverte.ch en expansion

Le guide des savoirs lancé il y a un an par la TSR s'enrichit de deux nouvelles plate-formes pédagogiques. La première porte sur le développement durable. Elle est le fruit d'une collaboration avec France 5 et l'Université de Genève. La seconde plate-forme permet de mettre en évidence de jeunes chercheurs, dans le prolongement de la série "Histoire des savoirs". Explications.

Cinq thématiques sont développées sur la plate-forme "développement durable" : climat, énergie, ressources naturelles, déchets et biodiversité. La TSR et France 5 ont déjà puisé dans leurs réservoir d'émissions 123 modules proposés en vidéo à la demande, en accès libre. Ces modules sont accompagnés de documents pédagogiques et de liens. Grâce à un partenariat avec l'Université de Genève, les internautes peuvent poser des questions à des scientifiques dans un forum interactif.

L'expérience tentée depuis l'an dernier sur TSRdécouverte.ch est concluante : les experts du monde académique ont déjà répondu à plus de 300 questions, dans les domaines des émotions, du cerveau, de la biologie, de l'archéologie. "C'est un moyen de favoriser le dialogue science-cité et de se laisser bousculer par les jeunes. Cela nous amène à apporter de nouvelles réponses à des questions posées un peu différemment", ont souligné jeudi à Genève les représentants de l'Université.

Directeur général de France 5, Claude-Yves Robin a mis en évidence le nouveau slogan de la chaîne "Faisons connaissances". A ses yeux, il y a une différence majeure entre faire une chaîne éducative et éveiller au savoir : "Une chaîne éducative, ça ne marche pas. Il faut un médiateur, un tuteur, un intermédiaire". Par ailleurs, le thème du développement durable est porteur : les émissions qui s'y rattachent capteraient jusqu'à 15% des 11 millions de téléspectateurs quotidiens de la chaîne.

Pour le directeur général de la TSR, Gilles Marchand, l'extension de l'offre multimédia répond au souci de remplir le mandat de chaîne généraliste dans un monde toujours plus fragmenté.

Enfin, la série "Histoire des savoirs" permet de donner une double exposition à 15 chercheurs. Elle est diffusée d'une part dès le 17 septembre à 18h05 sur TSR1, mais aussi sur le web. En trois minutes, les intervenants détaillent leur domaine de recherche et ce qui les passionne, dans des visuels inspirés des "Experts"...

Christian Georges


"Arrêt sur images" pense aux profs, avec un abonnement à 3 euros par mois

Daniel Schneidermann encourage ses fans à souscrire un abonnement au futur site d’@rrêt sur images, qui sera en ligne en janvier 2008.

Il promet "un site d’une nature inédite, qui mêlera des enquêtes écrites et des émissions de télévision. Il comportera un « coin des profs » dédié à la pédagogie des médias et de l’audiovisuel, ainsi qu’un espace communautaire d’un nouveau genre pour confronter nos pratiques des médias."

Pour accéder au site provisoire,
cliquez ici.

Schneidermann joue la carte de la souplesse et de l'indépendance : "Nous pensons que la gratuité totale de l’information est une illusion. Ceux qui prétendent vous informer gratuitement le font toujours au nom de convictions (pas toujours affichées), d’intérêts (parfois bien cachés), ou pour vendre aux annonceurs des parts disponibles de votre cerveau. Informer est un métier, qui requiert des compétences et mérite un salaire."

La formule proposée est alléchante : 3 euros par mois ou 30 euros par an.

Mieux : 1 euro par mois pour les étudiants, chômeurs et précaires (sans autre justificatif que sa bonne foi).

Dans le même temps, France 5 annonce sa nouvelle émission de décryptage des médias. "Revu et corrigé" étrennera sa nouvelle formule dimanche 16 septembre à 13h15 pour les téléspectateurs suisses. L'émission hebdomadaire se veut interactive et durera 90 minutes.

On peut lire une interview de Paul Amar ici.


Sarkozy, morceau choisi

"A l'époque de la vidéo, du portable, d'Internet, de la communication immédiate, nos enfants n'ont pas moins besoin de culture générale, mais davantage.

Ils ont davantage besoin de capacités d'analyse, d'esprit critique, de repères. Plus le monde produit de connaissances, plus il produit d'informations, plus il produit de techniques, plus est forte l'exigence de culture pour celui qui veut rester libre, qui veut maîtriser son destin. (...)

Il faut amener l'enfant à s'interroger, à réfléchir, à prendre de la distance, à réagir, à douter et à découvrir par lui-même les vérités qui lui serviront toute sa vie.

Notre éducation doit devenir moins passive, moins mécanique. (...) Il nous faut faire une place plus grande à l'observation, à l'expérimentation, à la représentation, à l'application. (...)

Des liens doivent être tissés entre les institutions culturelles, les centres de recherche, le monde de l'édition, des entreprises et les écoles, les collèges, les lycées".

Nicolas Sarkozy, "Lettre aux éducateurs", 4 septembre 2007. Texte intégral ici


Les véritables enjeux publicitaires

La REMP vient de calculer le taux de pénétration des titres de la presse écrite. En Suisse romande, le "Matin bleu" peut revendiquer 353.000 lecteurs et "20 Minutes" 276.000. Mais les premières places occupées par les quotidiens gratuits ne doivent pas occulter l'excellente tenue de la presse payante : "24 Heures" et "Le Temps" pris ensemble ont davantage de lecteurs que le "Matin bleu" (240.000 et 119.00 = 359.000). Même l'alternatif "Le Courrier" (23.000), cumulé avec les quotidiens régionaux, fait mieux que le roi des gratuits. Citons "Le Nouvelliste" (112.000), "La Liberté" (101.000), "L'Express" (55.000), "L'Impartial" (35.000), "Le Quotidien jurassien" (47.000), "Le Journal du Jura" (31.000), "La Côte" (22.000). Davantage de chiffres sur le site TSRinfo.ch.

Mais ce dont personne ne parle ce matin, et qui mérite vraiment qu'on s'y arrête, c'est le rapport REMP sur le gâteau total de la publicité. En 2006, elle a représente en Suisse un chiffre d'affaires de 5,6 milliards de francs (en hausse de 3,3% en un an). La répartition par secteurs donne un meilleur éclairage des enjeux qui tiraillent les médias.

Part de la presse écrite : 2369 millions. La part des gratuits dans le chiffre d'affaires publicitaire net de la presse quotidienne et hebdomadaire régionale frôle 18%.

Publicité directe : 1313 millions

Publicité télévisée : 615 millions

Affichage : 598 millions

Location de stands dans des foires et expos : 345 millions

Publicité dans les annuaires : 211 millions

Publicité à la radio : 138 millions

Publicité au cinéma : 37 millions

Publicité sur le télétexte : 8 millions

Cherchez l'absent : Internet !... REMP promet de nouveaux chiffres pour cet automne...


Allô, le helpdesk ?

Les nouvelles technologies de l'information, c'est compliqué. Pas pour ceux qui sont nés avec. Mais pour ceux qui doivent constamment mettre à jour leurs connaissances. (On parle à leur égard d'utilisateurs "migrants", semblables aux migrants qui doivent dominer une langue nouvelle, par opposition aux "indigènes"). Un de ces migrants nous ressemble furieusement dans cette vidéo désopilante pêchée sur You Tube.

  • Et chez les enseignants ? Une part croissante d'entre eux devraient être à même d'intégrer les nouveaux médias et les instruments de la communication modernes dans leurs cours. Vendredi matin 7 septembre à Berne, on tirait le bilan du Partenariat public - privé "L'école sur le net" (PPP-ésn). Il vaut la peine de se pencher sur les chiffres donnés par la conseillère fédérale Doris Leuthard et par la conseillère d'Etat Isabelle Chassot, présidente de la Conférence suisse des directeurs de l'instruction publique.

  • Durant les cinq ans qu'a duré le programme, les cantons et les communes ont investi un milliard de francs dans les technologies de l'information et la communication à l'école (hors formation professionnelle) et dans la formation. De 2002 à 2007, les partenaires de  l'économie (Swisscom en tête) ont contribué à l'amélioration des équipements à hauteur de 200 millions. La Confédération a investi 35 millions de francs.

  • Résultat des courses : le taux de raccordement à Internet a augmenté de 66% à 95% dans les 5300 bâtiments scolaires de Suisse. On compte désormais 1 ordinateur pour 8 élèves (1 pour 12 cinq ans plus tôt). Plus de 1700 formatrices et formateurs d'enseignants ont été formés à l'usage des nouvelles technologies et des nouveaux médias. Reste à rendre naturel ce réflexe dans l'ensemble du corps enseignant et dans des situations d'apprentissage bien pensées. "L'école doit enseigner un usage critique de ces outils", a conclu Isabelle Chassot.