Le 20h de France 2 va mal.
Cet été, "Télérama" révélait que "Le Parisien" (quotidien populaire) dicte souvent le choix des sujets du soir. "Le Canard enchaîné" et le site "Arrêt sur images.net" ont aussi expliqué comment l'envoyé spécial de France 2 a tambouriné comme un fou à la fenêtre de la voiture de la mère du petit Elias, pour la convaincre de faire une déclaration après le décès accidentel de son fils...
Mardi soir, David Pujadas ouvrait le 20h avec la "campagne choc" contre l'anorexie lancée en Italie, avec les affiches signées Oliviero Toscani (photo, le visuel destiné à faire connaître la ligne de vêtements No-l-ita).

Le modèle de Toscani est une Française et Pujadas piaffe de montrer l'extrait. Intérieur jour : assise sur un fauteuil, l'intéressée s'exprime. Elle est cadavérique. On ne voit que deux yeux, des pommettes et des clavicules saillantes, un nez de momie, des humerus. Elle dit qu'il faut que les filles comprennent que ça peut mener à ça, de commencer à faire des régimes. Drôle d'extrait d'ailleurs : pas l'ombre d'une question de journaliste, pas l'ombre d'une mise en contexte. L'état de choc est maintenu par des images (en noir et blanc) du shooting des photos de la campagne. La mort au travail, en gros plan.
Toscani explique que les médias ont une part de responsabilité dans cette histoire d'anorexie. Sans blague?!
Puis le correspondant en Italie de France 2 explique que les modèles doivent présenter un certificat médical prouvant qu'elles ne souffrent pas d'anorexie pour pouvoir participer aux défilés de mode. Le spectateur reste dubitatif devant les images d'archives (non situées) d'un défilé en question. Puis le journaliste explique pompeusement qu'avec cette mesure, le milieu de la mode s'est doté d'un "véritable code de déontologie".
Retour en plateau : Pujadas referme le sujet en rappelant vite fait que la France compterait 40.000 anorexiques. Puis avec une info qui fait dresser l'oreille : l'affiche serait reçue avec beaucoup de circonspection en France et son placardage déconseillé. Par qui ? Pourquoi ? Exemple flagrant de sujet pas traité, sans doute dicté par le seul et unique désir d'exhiber la fille. Bref, on est à la foire.
Et ça ne s'arrange guère avec le deuxième sujet : à Marseille, on juge les incendiaires (mineurs) d'un bus. Une passagère de 27 ans a été brûlée à 60%. Elle a renoncé à se présenter au procès (craignant les équipes de France 2 ?). Les reporters se sont rabattus sur la conductrice, défaite aux côtés de son avocat, encore en plein trauma...
Zapping rageur sur TF1 : au même moment, un sujet développé détaille la situation en Birmanie. Enfin un peu de hiérarchie dans l'info...
Post-scriptum : dans l'Hebdo du 4 octobre, le psychiatre français Xavier Pommereau donne un avis cinglant sur l'impact de la campagne anti-anorexie : "L'initiative de Toscani n'a aucun effet préventif contre l'anorexie. On n'a jamais empêché une guerre en montrant quelqu'un de défiguré par un obus. On ne peut pas soigner par l'image une maladie qui ne dépend pas de l'image."