Alinghi remporte la Coupe de l'America pour la deuxième fois. Apple vend les premiers exemplaires de son iPhone. Ces deux événements occupent un temps d'antenne et un lignage considérable dans les médias. Frappant de voir comment, dans une époque désenchantée, les organes de presse saluent d'abord et avant tout des réussites entrepreneuriales. Dans son éditorial du "Temps", Isabelle Musy trouve de bonnes raisons pour la Suisse de se réjouir du succès de l'équipe bâtie par le milliardaire Ernesto Bertarelli. Des raisons convaincantes. Mais la journaliste y voit même le triomphe d'une "modernité décomplexée". L'expression peut laisser songeur. On en usa de similaires au moment de l'élection de Nicolas Sarkozy.
Et la joie dans tout ça ?...
Un passage éclair à Zurich Oerlikon suffit à nous rappeler combien le perfectionnisme suisse peut rimer avec froideur et ennui, dans les moindres détails urbanistiques. Opulence de caveau mortuaire à la moindre sortie d'ascenseur. Dans le train, les pendulaires lisent "Heute", le journal gratuit du soir, pas même foutu de donner le résultat de la régate. Et à chaque page ou presque, des journalistes "embedded", complices de campagnes marketing dont ils ne savent plus s'ils sont le jouet ou le relais consentant. Autant de cris de joie devant des chiffres et des records de vente, complaisamment transmis en service de presse (il n'y a plus qu'à les recopier).
A ces clichés de clients d'Apple (aux yeux exorbités de toucher leur bidule comme le vêtement du Messie), on préfère d'autres images de la joie : celle qui se lit sur les visages des lauréats de diplômes et autres CFC, dans les pages spéciales des journaux régionaux...