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Antonioni, dans la nuit

 

Impressionnante, cette disparition simultanée de deux des géants du cinéma mondial! Moins de 24 heures après Ingmar Bergman, Michelangelo Antonioni (photo) disparaît lui aussi à l'âge de 94 ans. Mais Antonioni n'a pas attendu hier pour entrer dans le silence. Quasiment privé de l'usage de la parole depuis plusieurs années, il laisse derrière lui une oeuvre qui se nourrit du silence et qui réclame le silence. (On rapporte qu'à la sortie de la projection de "L'Avventura" à Cannes, un spectateur avait sèchement fait taire un chanteur de variétés dans un hôtel : "Comment pouvez-vous chanter de telles idioties après un film pareil ? Taisez-vous, vous êtes un bouffon !").

Le cinéma d'aujourd'hui est si souvent saturé de bruits, de déflagrations assourdissantes, d'effets qui vrillent les oreilles...et qui ne produisent que de l'oubli.

Avant même Tarkovski, Antonioni nous avait appris qu'il n'y a pas de mystère au cinéma sans silence. Ce silence oppressant qui suit la disparition inexplicable d'une femme dans "L'Avventura", ce silence qui trahit les difficultés du couple de "La Notte", ce silence qui précède l'explosion de la villa dans "Zabriskie Point", ce silence de mort qui accompagne le plan-séquence final de "Profession : reporter". Silence encore qui enveloppe l'énigme photographique de "Blow Up". Silence du vertige existentiel, silence de l'incommunicabilité, silence auquel des acteurs du calibre de Delon ou de Jack Nicholson ont eu le courage de se confronter. Quelle star d'aujourd'hui oserait affronter de tels silences, à l'heure du tout-communicant noyé de paroles ?


Arrêt sur images (8) : renoncement suisse ?

Les archives d'"Arrêt sur images" disparaîtront du site de France 5 le 29 août prochain ! Mieux vaut donc se dépêcher pour revenir sur quelques débats chauds suscités par les dossiers de l'émission de Daniel Schneidermann. Nous signalons aux enseignants de Suisse romande que les émissions des 5 dernières années peuvent être empruntées auprès de la médiathèque de la HEP-BEJUNE (Berne, Jura, Neuchâtel). Pour le reste, suite aux 180.000 signatures de la pétition contre la suppression de l'émission, le médiateur de France 5 s'est fendu d'une réponse, qui mérite d'être lue. On y apprend tout au plus que c'est Paul Amar qui sera chargé d'accueillir "toutes les signatures de la presse" - quelle ambition! - pour une nouvelle émission de décryptage de l'image à la rentrée.

Sur le site de Daniel Schneidermann, on apprend que la Télévision suisse romande semble avoir renoncé à accueillir "Arrêt sur images". L'animateur ne sait pas comment il répondrait à l'exigence de réaliser une émission "francophone" (c'est-à-dire ouverte sur la Suisse, la Belgique et le Québec). Et les Suisses sont rebutés par le coût de production annuel d' "Arrêt sur images" (1,8 million d'euros, soit 3 millions de francs suisses, d'après les indications données par DS sur son blog).


Ingmar Bergman s'en est allé

Le cinéaste suédois Ingmar Bergman (photo) vient de nous quitter, à l'âge de 89 ans. Quelques souvenirs en hommage à celui qui restera comme l'un des géants (le dernier ?) du 7ème art.

 

Ingmar Bergman était l'un des trois monstres sacrés du cinéma, avec Ford et Kurosawa (selon le cinéaste Michael Cimino). Ford ou Fellini ? Qu'importe du reste les "rankings", l'art de Bergman planera pour longtemps au-dessus de tout le cinéma mondial.

"Le plus grand de tous" (selon Arnaud Desplechin).

"Je vivais à Niort, une petite ville très contrainte dans les Deux-Sèvres. Et j’ai vu tout à coup « La Nuit des forains » de Bergman. Le corps d’Harriet Andersson est mon corps de fiction. Moi la petite Niortaise qui ne se reconnaissait ni dans les habitants, ni dans l’avenir qu’on voulait me donner, je me suis tellement reconnue dans ce personnage que j’ai instantanément voulu devenir cinéaste, pour inventer le monde. Inventer un monde qui n’existe que dans ma pensée. C’était une question de survie".  

(Catherine Breillat, en mai à Cannes).

Quant à Woody Allen, il considérait lui aussi Bergman comme le réalisateur le plus grand depuis l'invention de la caméra : il a souvent parodié les images de son maître, à commencer par la Mort en cape noire du "Septième sceau".

Gag : Au Festival de Locarno, il y a quelques années, le directeur Marco Müller avait présenté quelques spots publicitaires réalisés par Bergman pour vanter un savon. Un travail alimentaire des années 50. Marco Müller avait invité un exégète et l'on avait glosé entre chaque spot comme si l'on venait de redécouvrir les bobines manquantes des "Rapaces" de Von  Stroheim. Avec le recul, c'était du plus haut comique.

Fulgurance :  Il y a des films - pas beaucoup - qui imposent leur génie visionnaire dès la première image, en moins d'une seconde. On peut y ranger plusieurs des Bergman. Et notamment avec le plan d'un enfant démarrant sur un enfant assoupi dans un train, étourdissant de beauté. (A revoir en vidéo sur Lemonde.fr)

Epicurisme : Seuls les sots et les ignorants identifient Bergman à un personnage torturé et préoccupé des seules névroses de ses contemporains. Il faut avoir vu "Sourires d'une nuit d'été" pour avoir une des meilleures représentations de la jouissance au cinéma.

Obsessions : Fils de pasteur, obsédé sexuel revendiqué, Bergman a beaucoup lutté pour se dégager de son éducation. C'est cette tension entre valeurs acquises et liberté conquise qui donnent à son oeuvre sa profondeur sans pareille. Tous les films de Bergman sont marqués autant par l'héritage judéo-chrétien (la Faute, la Rédemption, le Sacrifice) que par les obsessions de son auteur (la pulsion sexuelle, la décrépitude, la folie...). Voir un film de Bergman, c'est voir les corps exister, souffrir, lutter, comme jamais. Entre cris et chuchotements, toute la grandeur et la mesquinerie de l'être humain a défilé sous sa caméra. Nul autre cinéaste n'est allé aussi loin, ne s'est mis à nu avec autant d'impudeur. Bergman a parcouru toute la palette de l'expérience humaine. Même ses dernières oeuvres (l'immense "Sarabande", à revoir dimanche 5 août sur TSR2) donnent à voir la vieillesse sous un jour implacable et étourdissant de justesse.

Confessions : Lire "Laterna Magica", pour comprendre Bergman.

Ses pairs : Le cinéaste suédois révérait Andreï Tarkovski. Il considérait que le Russe avait ouvert une porte qui restait obstinément verrouillée dans la maison cinéma. Dans la jeune génération, Bergman admirait le talent de Steven Soderbergh. Il voyait les films chez lui, dans une salle de projection qu'il s'était aménagé dans sa retraite de l'île de Faro.

Fondu au noir...


Locarno, 60 ème

Après Cannes en mai, le Festival de Locarno fête lui aussi sa 60ème édition, du 1er au 11 août 2007. Les Cahiers du Cinéma marquent le coup avec un numéro spécial (offert avec le numéro de juillet-août). A découvrir toutes affaires cessantes pour les amoureux du cinéma!

Le directeur artistique du Festival de Locarno, Frédéric Maire.

Futur lauréat d'un Léopart d'honneur, le réalisateur Hou Hsiao-Hsien observe que les festivals ont beaucoup changé depuis 25 ans : "Ils prennent à bras le corps une tâche de "correction" de la tendance globale (cinéma ultra-commercial avec des stars)."

Lui aussi attendu au festival en août, le cinéaste Claude Chabrol émet un jugement flatteur : "Contrairement à d'autres grands festivals qui se tournent vers l'aspect people, Locarno me paraît garder le cap sur les découvertes, les premiers films."

"Locarno incarne, de manière plus précise et plus cadrée, de façon plus éloquente et mieux lisible que beaucoup d'autres cette politique du goût qui, dans l'extrême diversité de choix des films présentés, continue de faire pièce à l'uniformisation de nos rêves et de nos pensées par la marchandise", conclut le rédacteur en chef des Cahiers Jean-Michel Frodon. Il animera le 7 août la table ronde publique à Locarno avec Hou Hsiao-hsien.

Alors...rendez-vous à Locarno !


Chaînes TV régionales : quelles obligations ?

La semaine dernière, le Conseil fédéral a défini les nouvelles zones de desserte pour les radios OUC et les chaînes de télévision régionales : 13 zones sont destinées à des chaînes de télévision régionales au bénéfice d'une quote-part de la redevance et 34 zones destinées à des radios OUC privées. Mercredi matin à Bienne, les responsables de l'OFCOM ont précisé à quelles conditions les concessions seront attribuées.

C'est nouveau : le produit de la redevance radio-TV profitera davantage aux diffuseurs régionaux à l'avenir : 4% échapperont à la SSR à raison de 32 millions pour les chaînes de TV et 18 millions pour les radios.

Pour la Suisse romande, le Conseil fédéral a tranché : ce sera une zone de desserte TV pour Vaud et Fribourg, une zone Arc jurassien (NE, JU et JU bernois). Et une zone valaisanne homogène, avec obligation de proposer des programmes en allemand et en français.

Les concessions seront mises au concours dès le mois d'août et attribuées dès le printemps 2008. Pour prétendre l'emporter, les stations devront être autofinancées à raison de 50%.

Mais elles devront aussi garantir des prestations et répondre des obligations. En résumé :

- Garantir le service public au niveau régional

- Garantir des conditions de travail décentes au personnel, assurer sa formation et son perfectionnement professionnel

- Offrir une infomation variée, pertinente et diversifiée sur des événements locaux et régionaux concernant la politique, l'économie, la culture, la société et le sport.

- S'interdire certains types d'émissions (avertissements radar, jeux à caractère lucratif, publicité pornographique).

L'obligation faite à ces chaînes TV de garantir le service public au niveau régional réduit-elle l'obligation faite à la SSR de garantir la même chose à cet échelon ? "Non, il n'y a pas de changement", assure Matthias Ramsauer.

(CGS)


Arrêt sur images (7) : Un message de Daniel Schneidermann

"Chers amis,
Je ne peux m'empêcher de vous appeler ainsi, tant vous avez compté dans la vie de toute l'équipe d'Arrêt sur images, au cours du mois écoulé.
Vous êtes près de 175 000 qui avez signé la pétition initiée spontanément par l'un d'entre vous, Anthony, et réclamant le maintien de votre émission sur France 5.
175 000 ! Ce mouvement, sans précédent, nous a emplis de fierté et de gratitude. Il justifie pleinement le travail accompli, tout au long de ces années, par notre équipe. Je veux d'abord, du fond du coeur, vous remercier. Nous vous avons beaucoup donné. Vous nous le rendez aujourd'hui, et de quelle manière! Nous vous donnerons encore.
Anthony va clôturer cette pétition le 18 juillet prochain (tout le monde a droit à des vacances). Il la remettra alors à la direction de France Télévisions. Si certains de vos proches n'ont pas encore signé, c'est le moment !
Malheureusement, il est peu probable que votre mobilisation soit couronnée de succès. La direction du groupe public a donné maints signes publics de son refus de revenir sur sa décision. Je ne la commente pas ici. Je l'ai assez fait, au cours des semaines écoulées.
Mais ne pensez pas pour autant que votre mobilisation aura été vaine.
Elle aura d'abord montré la force de la demande sociale d'une critique des médias, exercée au sein même des médias. Cette demande, nous la connaissions. Elle vient de crier, paisiblement, qu'il faudra compter avec elle. Malheur à ceux qui l'oublieraient !
Votre mobilisation aura ensuite poussé puissamment à la résurrection d'une émission comparable à Arrêt sur images.
A l'heure où je vous écris, des discussions se poursuivent avec plusieurs médias, français et étrangers, susceptibles d'accueillir notre travail dès la rentrée prochaine.
Ne m'en veuillez pas, pour une fois, de rester un peu plus discret que d'habitude, et de faire violence à mon tropisme de la transparence: ces discussions ont besoin d'une certaine tranquillité. Vous serez informés aussitôt que possible sur le big bang blog. Laissez-moi seulement vous dire que tout est encore possible. Vous n'avez peut-être pas fini de vous arrêter sur les images avec nous, sur les écrans de votre téléviseur, ou...de votre ordinateur (ou des deux).
Bon été à tous. N'abusez pas de la télévision !
Pour toute l'équipe d'Arrêt sur images,
Daniel Schneidermann"

Singes technologiques

Sommes-nous condamnés à devenir des singes technologiques ? Le recteur du Collège Saint-Michel à Fribourg n'est pas loin de le penser en observant le monde et certains de ses étudiants. Jacques de Coulon vient de publier "Petite philosophie de l'éducation" (éditions Desclée de Brouwer). Au micro de la Radio Suisse Romande, il défend quelques thèses fortes : l'homme actuel se laisse enfermer par des images univoques; esclave consentant de la technologie, il s'enchaîne dans une caverne de Platon où il ne peut contempler que des ombres. Le temps gagné par la technologie n'alimente pas la réflexion, il ne fait que précipiter une fuite en avant sans but. Quantité d'étudiants se lancent dans des recherches sur Internet sans PROJET préalable. Leurs enquêtes dictées par des besoins scolaires débouchent sur de désolants poncifs "googlérisés".

A plusieurs reprises, les intervenants du Grand Huit posent la question du rôle de l'Ecole et des éducateurs : guider, orienter, prendre du recul, se décentrer du rôle d'utilisateur de technologie pour se recentrer sur l'intériorité, tels semblent être les maîtres mots.

Cette "Petite philosophie de l'éducation" gagne à être une des lectures de l'été...


Arrêt sur images (6) : Paris Hilton devant Daniel Schneidermann

Sur le blog du site de la RTSR, Freddy Landry raconte comment la Télévision Suisse Romande a préféré parler de Paris Hilton au soir du 25 juin, alors que Daniel Schneidermann venait le même jour de rencontrer à Genève le Conseil des programmes. Piquant !


Monter un blog efficace

Le journaliste Stephen Franklin vient de publier (en anglais) les dix commandements du blogueur. Du moins à l'intention de ceux qui font du blog un instrument du journalisme citoyen. Nous reproduisons ci-dessous ses conseils au chapitre fondamental : "Comment faire pour que les gens vous écoutent".

  • Publiez des articles souvent. Montrez que vous vous impliquez dans votre blog. C'est le seul moyen de susciter l'intérêt.
  • Demandez à d'autres journalistes en ligne de mettre en lien votre blog sur les leurs
  • Utilisez les tags qui vous permettront de relier votre blog ou votre journal en ligne à d'autres.
  • Enregistrez-vous auprès d'un moteur de recherche (comme www.technorati.com or itoot.net) qui vous listera.
  • Montrez que vous vous intéressez à plusieurs enjeux et pas à un seul dossier
  • Donnez autant d'information que vous pouvez pour étayer ce que vous dites et pour convaincre les lecteurs que vous êtes une source fiable.

Les dépenses médias des Suisses

Les Suisses restent fidèles à leurs journaux, auxquels ils ont consacré 1,77 milliard de francs en 2006, dont 63% pour les abonnements et 37% pour les achats au numéro dans les kiosques. Globalement, c'est 2,1% de moins que l'année précédente, mais les ventes des quotidiens et des journaux dominicaux ont toutefois progressé, respectivement de 0,9% et 2,6%.

Presse Suisse, l'association des éditeurs de la presse écrite, a présenté mercredi son étude sur les postes "médias" du budget des ménages helvétiques. Il en ressort que les Suissesses et les Suisses ont dépensé 10,4 milliards de francs pour les médias en 2006, soit en moyenne 3137 francs par ménage. C'est 2% de plus que l'année précédente. Les Suisses dépensent davantage pour les DVD (360 millions) que pour aller au cinéma (245 millions).

Voir le détail des postes médias dans le budget des Suisses :article de Swissinfo.