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La révolution radio et l'offre pour les enfants

"Le Temps" du 28 juin consacre une page à l'extension de l'offre des programmes de la SSR. On y apprend le DAB (Digital Audio Broadcasting) va permettre de lancer plusieurs chaînes en numérique. Dès le 1er novembre 2007, il y aura World Radio Switzerland (une chaîne nationale d'information et de divertissement en anglais). Et aussi DRS News, une radio alémanique d'information en continu. La Radio Suisse Romande planche quant à elle sur deux projets : une chaîne d'information en continu devrait voir le jour pendant l'Euro 2008. Par ailleurs, un groupe de travail dirigé par Pascal Crittin (directeur d'Espace 2) prépare un projet de chaîne thématique destinée aux enfants. Une démarche à laquelle à été associée la Commission des médias et des technologies dans  l'éducation (COMETE), liée à la Conférence intercantonale de l'instruction publique de la Suisse romande. Le directeur de la RSR Gérard Tschopp (photo) justifie pleinement cette option.

Le Temps : - Le service public se définira précisément, à l'avenir, en termes de contenu. Or, il existe déjà une offre médiatique pour les enfants (SIC!) et on peut également se demander si une chaîne anglaise a sa place dans le mandat de la SSR...

Gérard Tschopp : - Mais où est la chaîne anglaise qui livre des informations suisses ? (...) Quant aux enfants, ils ont certes Cartoon Network à la TV. Mais nous visons un contenu intelligent, différent d'une approche commerciale. Et même si le privé décidait d'investir ce créneau : le service public doit-il s'arrêter à ce que le privé ne fait pas ? Le cas échéant, nous n'aurions qu'une chaîne d'opéra et de musique classique...

NOTRE AVIS :

Et si la RSR soignait le jeune public ? 

En avocat critique du service public, le conseiller national socialiste Christian Levrat pose à juste titre la question des limites au champ d’action de la SSR , dans l'article principal du "Temps". Mais il est très surprenant de l’entendre fermer la porte sans ménagement à un projet de chaîne de radio destinée aux enfants. Reprenons la concession en passe d’être octroyée à la SSR (projet de l’OFCOM du 7 mai) : l’article 2 alinéa c) stipule que la SSR « contribue à la formation du public, notamment grâce à la diffusion régulière d’émissions éducatives ». Force est de constater que les moins de 15 ans ne sont pas les plus gâtés par la programmation actuelle, toutes chaînes radio et TV confondues. Où sont les émissions qui piquent la curiosité des enfants et des adolescents, qui les aident à mieux comprendre leur environnement et les enjeux de société ? Où sont les programmes qui trouvent un ton juste pour les délasser, sans en faire de futurs consommateurs dociles ? Où sont les créneaux qui permettent d’établir un lien inédit entre l’Ecole et les médias ? Ce qui conditionnera les choix des citoyens de demain aura beaucoup à voir avec les programmes dont il auront été biberonnés. Et de ce point de vue, il n’y a pas grand-chose à attendre du privé, plus enclin à modeler des cerveaux disponibles. L’initiative de la RSR est prometteuse. Il faut l’encourager dans l’attente de connaître tous ses contours.

 

Christian Georges,

Collaborateur scientifique à la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP), Neuchâtel


Indépendance de la presse : les journalistes français interpellent Sarkozy

Evénement historique en France. La crise aux "Echos" et "La Tribune" a provoqué une réunion extraordinaire du Forum permanent de la Société des journalistes. Les journalistes de 27 médias demandent à rencontrer au plus vite Nicolas Sarkozy et l'interpellent sur l'indépendance des médias.

Lire l'article d'Anna Borrel sur le site de Marianne.

Ecouter la séquence du Journal du matin de la Radio Suisse Romande, consacrée à la suppression de l'émission de France Inter "La bande à Bonnaud". (Cliquer dans le menu de gauche "Journal du matin", puis dérouler la liste des sujets dans la fenêtre qui s'ouvre).


Arrêt sur images (4) : le Conseil des programmes de la RTSR soutient Daniel Scheidermann et le décryptage des images

Privé de son émission "Arrêt sur images" dès la rentrée, Daniel Schneidermann a confirmé son intérêt pour reprendre ses activités depuis la Suisse. Extrait de l'interview parue samedi dans "La Liberté" :

Espérez-vous que la TSR vous propose au passage de reprendre votre excellente émission?

- La réponse est oui. J'espère que je pourrai produire Arrêt sur images en Suisse. (...)

                                                       * * * * *

Après avoir rencontré Daniel Schneidermann lundi, le Conseil des programmes de la RTSR publie ce mardi un communiqué de soutien. Il y souligne notamment ceci :

"Fondamentalement attaché à la qualité des émissions de la télévision de service public, le Conseil des programmes RTSR estime que les émissions qui apprennent et incitent à décrypter les images sont indispensables à l'accomplissement de la mission éducative du média télévision. Cette mission doit être remplie avec les deux autres acteurs que sont les parents et l'école."

Le Conseil des programmes RTSR est convaincu que l'audiovisuel de service public et l'Internet ont un rôle à jouer en unissant leurs forces pour la coproduction d'une émission d'autocritique et de décodage des images télévisées. Il appelle de ses voeux une concertation entre la TSR, TV5 et les chaînes de télévision francophones publiques".

                                                    * * * * * * * * * *

Pour suivre le feuilleton "Arrêt sur images", on peut consulter une excellente compilation sur le site de l'Observatoire des médias ACRIMED (Action - Critique - Médias).


Arrêt sur images (3) : les enseignants français se mobilisent

La FSU, principal syndicat de l'Education nationale en France, a demandé jeudi dans un communiqué à France 5 de "réintégrer" dans ses grilles de rentrée l'émission de décryptage des médias "Arrêt sur images", dont la chaîne a annoncé lundi la suppression.

"La FSU s'adresse à la direction générale de France 5 et demande que cette émission soit réintégrée dans la grille de la chaîne, et invite les membres de ses syndicats à signer la pétition mise en ligne en ce sens", écrit le syndicat.

Il "regrette et déplore" la fin de cet "espace critique d'analyse de l'image, de la télévision et des média audiovisuels", qui est "aussi un outil pédagogique intéressant, fréquemment utilisé par le monde éducatif pour initier les élèves au décryptage du monde des médias qui les environne".

On écoutera aussi avec profit la chronique du journaliste Jacques Poget, entendue vendredi 22 juin sur Espace 2.

Et aussi l'emportement de Jean-François Kahn sur Direct 8.


"Arrêt sur images" (2) : pourquoi tant de haine ?

Depuis l'annonce de la suppression d'"Arrêt sur images", l'émission de décryptage de France 5, les internautes réagissent par centaines et avec passion. Pas toujours pour défendre l'émission ou son présentateur de Daniel Schneidermann.

 

Les internautes qui réagissent expriment des critiques ou des indignations à ranger en plusieurs catégories distinctes :

LES DETRACTEURS

1) "Bon débarras!" : les allergiques au style Schneidermann ne se gênent pas pour le juger "prétentieux", "ayatollah", "donneur de leçons", "parisianiste", "bobo"... Il y a dans certains messages déposés sur le web des réactions d'anti-intellectualisme primaire bien dans l'air du temps. Et même une inquiétante haine envers ceux qui font métier de l'exercice critique. Schneidermann ? Pour ses détracteurs les plus marqués, c'est un cabot à l'ego surdimensionné, qui se croit nommé à vie et qui a pour habitude d'engueuler ses employeurs quand ils expriment des réserves sur son travail.

2 ) Usure et lassitude : bon nombre d'internautes regrettent avoir perdu le goût pour "Arrêt sur images" au fil des douze ans de l'émission hebdomadaire. Ils regrettent des choix thématiques jugés peu intéressants. Ils avalisent le verdict du directeur d'antenne Patrick Vilamitjana selon lequel la formule serait "usée" et que l'équipe n'aurait pas su se renouveler. D'autres font observer de manière narquoise que Patrick Vilamitjana a travaillé pour "Thalassa", une émission qui a 30 ans d'âge et qui serait bien plus poussiéreuse.

3) Dérive de l'émission : d'aucuns déplorent un gauchissement des principes d'"Arrêt sur images". Contaminée par les parlottes, l'émission proposerait moins d'arrêts et presque plus d'images, observe un fin spectateur. Avec ses chroniqueurs, Schneidermann aurait imposé le non-dit accusateur systématique, l'insinuation malveillante.

4) Dérive politique :  à la lumière des derniers mois, certains accusent "Arrêt sur images" d'avoir changé de vocation. D'émission de décryptage de l'audiovisuel, elle aurait été transformée en machine de propagande au service de Ségolène Royal et de dénigrement à l'encontre de Nicolas Sarkozy. Une fois encore, Daniel Schneidermann écope d'une bordée d'épithètes peu élogieux : de "socialiste à la Jospin" de la pire espèce à la quasi racaille soixante-huitarde.

5) L'audience fait la loi : aux yeux de certains, une émission qui récolte chaque dimanche à 12h30 moins de 6% de parts d'audience ne mérite plus sa place dans une chaîne financée par la redevance. A côté des poujadistes qui s'en prennent à la multiplication des chaînes de service public, un internaute s'avoue convaincu qu'il est possible, dans le genre, de faire "mieux et plus consensuel" (sic).

LES PARTISANS :

1) "On touche à une institution" : Pour beaucoup, la suppression d'"Arrêt sur images" est un choc incompréhensible. On s'attaque selon eux à une des seules, sinon la seule, raison(s) de regarder la télévision. Ils perdent un rendez-vous incontournable et ils se mobilisent en faisant signer une pétition de soutien.

2) Climat politique : l'annonce de la suppression de l'émission, au lendemain du deuxième tour des législatives, n'apparaît pas anodine. Peu se risquent à incriminer une intervention directe de l'Elysée. Mais comme Schneidermann lui-même, beaucoup s'inquiètent d'un "climat" peu propice à chatouiller la susceptilité du pouvoir. Les directeurs de chaînes prendraient des mesures préventives à l'égard de leurs électrons les plus libres. Ou alors des mesures de rétorsion. Cheffe de l'info sur France 2, Arlette Chabot avait à l'époque jugé "dégueulasse" qu'"Arrêt sur images" se penche sur le cas de Béatrice Schönberg, présentatrice du 20 heures et épouse de Jean-Louis Borloo (aujourd'hui numéro 2 du gouvernement Fillon).

3) Contre le décervelage : les plus amers regrettent que France 5 foule aux pieds son cahier des charges, qui prévoit d'éduquer à l'audiovisuel. L'émission appelée à remplacer "Arrêt sur images" sera beaucoup plus insipide, prédisent-ils. L'originale résultait d'un coup d'audace formidable, impensable aujourd'hui.

4 ) Contre-pouvoir nécessaire : une large frange des internautes s'inquiète de voir disparaître les îlots de résistance. Résistance au discours dominant, au prêt-à-penser médiatique, au flux sans contradiction des images. Sur un blog, un journaliste à TF1 considère qu'"Arrêt sur images" était un poil à gratter nécessaire : l'émission pouvait agacer, irriter, on pouvait même se trouver en totale contradiction avec les opinions émises, mais au moins il s'y passait quelque chose de vivant. Les plus attentifs relèvent que Schneidermann avait introduit la critique de sa propre émission, via un forum et les interventions pointues à l'antenne, d'une forumancière.

5) Education aux images orpheline : que reste-t-il dans le service public, pour rendre attentif aux manipulations, aux mensonges par omissions, aux singularités culturelles du paysage audiovisuel ? Là aussi, des centaines d'internautes ont du mal à faire leur deuil d'une émission jugée indispensable.

Lire les réactions des internautes :

Big Bang Blog : le blog de Daniel Schneidermann

LePoint.fr : le site du magazine français, avec des avis très critiques

Libération.fr : des réactions, un forum...


Sevré d'Arrêt sur images, Daniel Scheidermann évoque ouvertement l'asile médiatique en Suisse

Après douze saisons, l’émission "Arrêt sur Images" de Daniel Schneidermann ne sera pas reconduite la saison prochaine sur France 5, tout comme le magazine "Madame, Monsieur, Bonsoir". C'est ce que nous apprend ce matin L'Espresso de Télérama.

Commentaire du directeur des programmes de France 5 Philippe Vilamitjana "Une émission qui n’a pas bougé de concept depuis douze ans, il faut savoir la remercier et passer à autre chose.»  (Libération du 19 juin). A en croire Vilamitjana, «une autre émission de décryptage»  arrivera à la rentrée sur France 5, qui, «dans un souci de libre parole et d’expression de toutes les sensibilités, élargira le spectre d’Arrêt sur images».  L’émission, dont Vilamitjana garde encore secrets l’animateur et le producteur, «accueillera en direct toutes les signatures de la presse».  Bref, un club de la presse, mais adios le décryptage des images, commente "Libération". Pourtant, le cahier des charges de France 5 prévoit que ses programmes «contribuent à l’éducation à l’audiovisuel et aux médias»...

Le propre des grilles de télévision est d'évoluer. Quelques exceptions font mentir cette logique : la résistance des magazines "A bon entendeur" (plus de 1000 éditions!) et "Temps présent" en Suisse romande, "Thalassa" en France.

Souvent passionnante, l'émission de Daniel Schneidermann nous faisait regarder la télévision autrement. Elle donnait à méditer les réflexes journalistiques et les naïvetés de spectateur. Est-elle condamnée par hasard, à l'heure où le nouveau président de la république met son ancien chef de campagne au conseil de direction de TF1, tout en bétonnant ses relais dans tous les principaux médias? "Arrêt sur images" serait plus indispensable que jamais! Daniel Schneidermann a le tort de signer dans un quotidien de gauche (Libé). Il a plusieurs fois (trop souvent?) pris à partie le traitement médiatique associé aux mesures sécuritaires voulues par l'ex-Ministre de l'Intérieur aujourd'hui locataire de l'Elysée.

Alors, qui prendra le relais de la vigilance à l'égard des médias audiovisuels ? La Télévision suisse romande serait-elle prête à occuper le créneau ? Rêvons!...

Sur son blog, Daniel Schneidermann évoque ouvertement l'asile médiatique en Suisse. Car le 25 juin, il rencontrera à Genève les membres du Conseil des programmes RTSR. Mais la question mérite d'être ouverte : si une émission du style d'"Arrêt sur images" devait voir le jour sur une des chaînes de la TSR, devrait-elle être animée par Daniel Schneidermann ou par un animateur suisse ?


Critiques en herbe

Ce sont des écoliers de 10 à 12 ans. Cet hiver, ils ont participé à un exercice inhabituel : rédiger la critique d'un film vu au cinéma ("Le Chemin de la liberté", de Philip Noyce", photo ci-dessous). Comment les enseignants ont-ils abordé ce film ? Comment ont-ils accompagné les élèves ? A quels besoins répond un tel exercice ? Comment les élèves neuchâtelois, jurassiens et valaisans ont-ils vécu cette expérience ? Vous le découvrirez du 18 au 24 juin sur les antennes de deux télévisions régionales. Elles diffusent cinq émissions spéciales (en co-production avec la CIIP) selon l'horaire suivant :

Canal Alpha (NE) : A voir chaque jour à 20h30, 21h30 et 22h30, puis dans la boucle du week-end des 23-24 juin.
Canal 9 (VS) : A voir chaque jour à 17h45, puis dans la boucle du week-end des 23-24 juin.


De retour d'Afrique, un message de Wim Wenders

Wim Wenders a tourné un court métrage en République démocratique du Congo. C'était sa contribution au film-anniversaire du Festival de Cannes (voir précédent article). Nous reproduisons ci-dessous une photo du film et le message que le réalisateur a délivré à cette occasion, un message totalement occulté par l'actualité festivalière.

"En automne 2006, j'ai passé plusieurs semaines dans une ville excentrée de la République démocratique du Congo, dans la province de Katanga. Situé sur le fleuve Congo, l'endroit s'appelle Kabalo et c'est là qu'est censé se dérouler l'action de "Au coeur des ténèbres" de Joseph Conrad. C'est là que Marlow rencontre le sinistre Mr. Kurtz. Je suis allé là pour tourner un documentaire pour "Médecins sans frontières", sur la violence excercée contre les femmes. Je n'avais jamais été en Afrique centrale.

Je n'avais jamais posé le pied dans un endroit aussi coupé du monde : plus aucune route ne mène à Kabalo. Les bateaux sur le puissant fleuve avaient tous été détruits et l'on voyait ici ou là leurs carcasses rouillées émerger du courant. Il ne reste que deux trains pour desservir un territoire aussi vaste que l'Europe centrale et ils opèrent sur un réseau largement moribond, selon un horaire fantasque.Il y a bien une gare décrépite à Kabalo, un vestige d'un glorieux passé où les trains partaient chaque jour vers les quatre points cardinaux. Aujourd'hui, la ville est sans électricité. Le rue principale est certes bordée par des lampadaires élégants, mais ils ne fonctionnent plus depuis des décennies. Il n'y a plus d'eau courante non plus, sauf l'eau du fleuve, et les gens la boivent directement depuis les rives boueuses. La plupart des bâtiments en dur sont détruits ou effondrés. L'hôpital est pris en charge par Médecins sans frontières et leurs générateurs nous ont permis de recharger les batteries de nos caméras.

L'impression la plus saisissante à notre arrivée : même s'il y a tellement à faire ici, personne ne semble travailler à part les femmes. Et elles travaillent en effet très dur, de l'aube jusqu'en fin de soirée. Elles marchent des kilomètres pour aller chercher de l'eau. Elles ramassent le bois pour la cuisson. Elles travaillent dans les champs pour de maigres récoltes. Elles marchent longuement pour se rendre au marché. Elles prennent soin des enfants.

Où étaient les hommes ? Je les ai vus affalés dans des hamacs. Je les ai vus jouer au footballe ou au basket en fin d'après-midi. Je les ai vus traîner dans les rues, roulant à vélo ou frimant à moto pour les privilégiés. Aucun ne semblait préoccupé par le moindre travail.Un jour, j'ai trouvé le "ciné-vidéo". Il avait été aménagé dans les ruines d'un bâtiment colonial. Dans l'arrière-cour, un petit générateur produisait un bruit agressif. A l'avant, quelques hommes jouaient aux cartes ou aux dames. A l'intérieur, il y avait tous les hommes que j'avais cherchés en vain. Ils regardaient des films, présentés sur un moniteur TV minable, raccordé à un lecteur DVD lui aussi alimenté par le générateur. (En même temps, pendant que les hommes regardaient des films, ce générateur rechargeait en batterie 30 à 40 téléphones portables).

Quels films regardaient-ils ? Sur la façade, j'ai trouvé le programme griffonné à la main sur une ardoise. Les films de guerre formaient le gros du lot. Quelques films de karaté, quelques films d'action violents, mais la majorité de ces hommes regardaient des films de guerre ! La plupart n'avaient jamais connu autre chose, les enfants des premiers rangs étaient nés dans la guerre. Et maintenant que la paix était revenue, enfin, ils étaient assis là, captivés, absorbant l'action guerrière avec une sorte d'obsession stoïque.

Je n'avais jamais compris ou éprouvé aussi clairement à quel point les films ont cette capacité de répondre à nos besoins. Ou dit autrement : à quel point ils entretiennent une dépendance et procurent un substitut étrange à la vie. Dans ce cas précis, ce n'était pas la vie, cependant, dont le cinéma faisait la promotion, mais une propension dérangeante à la mort et à la destruction. Elle exerçait un ferme pouvoir sur ces hommes et les rendait incapables de voir les besoins réels de leur propre environnement.

Nous avons tourné pendant une projection de "La Chute du faucon noir" dans l'obscurité du "Ciné Vidéo" en recourant à l'infrarouge. Personne ne nous a remarqués avec nos caméras. Les adultes comme les enfants étaient sous l'emprise d'une guerre sans fin".

 WIM WENDERS (Photo : Festival de Cannes)


Images orphelines

Il avait réalisé entre autres films le superbe "Ceddo" (1976, photo). Un film de résistance. Résistance à l'islamisation, à la colonisation, aux valeurs importées de l'extérieur et imposées aux Africains. Le cinéaste sénégalais Ousmane Sembène est décédé samedi à Dakar, à l'âge de 84 ans.

 

Ce "Ceddo", nous l'avions vu dans les années 80, dans un programme de ciné-club scolaire. J'ignore si l'on prend encore la peine de programmer des films africains dans des ciné-clubs scolaires... Je voudrais croire que oui.

Au dernier Festival de Cannes, beaucoup d'observateurs ont déploré l'absence récurrente de l'Afrique en sélection officielle. Membre du jury, le réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako refusait de mettre cet état de fait sur la myopie des sélectionneurs ou l'indifférence de l'Occident :

"Le vrai combat d'un cinéaste, c'est son existence en temps que cinéaste. Il faut réfléchir à si nous avons tout fait pour faire des films. Le jour où on aura une analyse sincère, en face à face, les yeux dans les yeux, on comprendra beaucoup plus de choses. (...) Il y a un travail de remise en question de soi et de beaucoup de choses. Je crois que ce travail n'est pas fait. On a tendance à toujours trouver les responsabilités ailleurs. La responsabilité tient toujours d'un « nous », quel que soit le conflit. C'est toujours partagé. Et je pense que cette part de responsabilité n'est pas totalement assumée. Et l'existence d'images, pour certains ou par certains, n'est pas analysée à sa juste valeur." (Interview complète sur Africultures)

En attendant, ce que l'Afrique perçoit par les images se révèle souvent absurde ou pathétique. Wim Wenders l'a bien montré dans sa contribution au film collectif "Chacun son cinéma" (présenté à Cannes et sur Arte le 26 mai). Dans un pauvre "ciné-vidéo" de la République démocratique du Congo (photo et article, plus haut), il a filmé des visages d'enfants agglutinés devant un moniteur de télévision qui diffuse "La Chute du faucon noir", un film de guerre de Ridley Scott.

Alors... Après Ousmane Sembène et d'autres pionniers, quelles images de l'Afrique pour demain ?

Christian Georges


J'ai une question à vous poser

L'émission de TF1 "J'ai une question à vous poser" avait ému la presse française : on observait, à juste titre, l'effacement des journalistes dans cette arène où de simples citoyens (très sélectionnés) interpellaient des candidats à la présidence de la république. Ca faisait tout drôle de voir Patrick Poivre d'Arvor réduit à donner la parole à X ou Y, sans possibilité de relancer les candidats ou de recadrer certains faits.

Eh bien cet exemple a fait école : aujourd'hui la Radio Suisse Romande recourt à un concept très similaire dans son module "Le train des élections" . Des voyageurs (mais qui sont-ils ? engagés en politique? réquisitionnés en douce?) interpellent un candidat ou une candidate aux élections fédérales d'octobre, à la faveur d'un trajet ferroviaire. Le module est diffusé chaque matin vers 7h40 sur La 1ère et sur Internet. Les modules durent environ 4 minutes.

L'effacement des journalistes est tout aussi patent, encore que... On peut raisonnablement se demander si les questions n'ont pas été au préalable filtrées par Pascal Jeannerat (photo RSR) ou Yann Gerdil-Margueron, les représentants de la rédaction, présents dans le train. Et les gens de la RSR se ménagent une marge de sécurité avec le montage des questions et des réponses. La tension entre les supposées attentes du public en matière de médias et les prestations servies est intéressante : d'un côté, le public réclamerait un droit de parole immédiat et un accès plus direct à de l'information brute, sans médiation journalistique. Et pour servir ces prestations, en presse gratuite comme dans les médias audiovisuels, il faut recourir à un dispositif ultra-cadrant, monté au cordeau, pour mettre en évidence des bribes de vérité brute. Mais des bribes qui posent toujours plus de questions sur le CONTEXTE de leur énonciation.

Les médias modernes ne se contentent plus de répercuter la parole officielle, de renvoyer la rumeur du monde. Ils savent qu'il leur appartient d'"animer" l'actualité. A ce jeu-là, La 1ère ne manque pas d'idées innovantes. Mais qui dit animation dit aussi mise en scène de l'actualité. Il pourrait être édifiant de disposer d'une version "sans coupures", sur le site Internet de la RSR, des échanges ferroviaires entre pendulaires et candidats...