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A l'écoute de Plantu

Passionné et magistral, le dessinateur du "Monde" Plantu! Il dévoilait les ficelles de son métier mercredi à Lyon devant 1500 lycéens, lors des 4e Assises de la presse écrite et de la jeunesse. Extraits en avant-première de sa venue à Genève le samedi 17 mars.

Les journalistes sont associés à l'objectivité et la neutralité : le dessinateur Plantu se sent-il lié par ces notions ?

"Mes dessins ne sont surtout pas neutres, ni objectifs", réagit l'intéressé. C'est toujours une prise de position. On attend l'objectivité de l'écrit. Ce que je fais moi en première page du "Monde" doit être compris en deux secondes. Je ne fais pas dans la dentelle."

Le dessinateur croit fermement à la spontanéité du dessin, "qui permet d'exprimer plus facilement des choses qu'on n'arrive pas à dire". Quand à éclaté la polémique sur les caricatures danoises, il a répliqué par un dessin finaud. En noircissant sa page à l'infini de la phrase "Je ne dois pas dessiner le prophète Mahomet", il a composé un saisissant portrait de personnage barbu. A l'occasion, il s'est montré virulent contre Jean-Paul II, présenté comme un misogyne néanderthal, traînant une femme par les cheveux. Mais quand le vieux pape a commencé d'être gravement malade, Plantu s'est aussi abstenu de publier un dessin de lui alité, dont l'esquisse plaisait pourtant au journal. Le dessinateur avertit qu'il faut se garder des amalgames :

"J'assume mes dessins caustiques, mais en d'autres occasions je suis plutôt tendre. Par exemple, je milite pour que les femmes aient plus de pouvoir dans l'Eglise, mais je ne touche pas aux croyances. Je veux titiller les intolérants et je m'en prends volontiers aux fondamentalistes. Je ne m'attaque pas à ce qu'il y a au-dessus des nuages. Je suis déjà bien occupé avec ce qu'il y a sur la planète. Mais c'est vrai, depuis les caricatures de Mahomet, je dirais certaines choses d'une autre façon".

Dans l'assistance, une jeune fille réagit fortement à un dessin ancien où Plantu affublait le Premier ministre israélien Ariel Sharon d'un t-shirt "Allah pédé". Elle n'y voit aucune ironie face au politicien venu faire de la provocation sur l'Esplanade des Mosquées à Jérusalem, mais une provocation pour les fidèles de la religion islamique. Plantu réagit du tac au tac : il sort de ses classeurs un dessin qui joue des motifs visuels similaires entre les strings apparents des Européennes et les dentelles qui voilent les femmes arabes. Montrer un tel dessin à Alexandrie, dit-il en connaissance de cause, c'est l'occasion de déclencher un formidable débat. A chaque fois qu'il le peut, Plantu n'hésite pas à montrer ses dessins les plus controversés dans les endroits sensibles.

Le dessin de presse peut-il traiter de tout ? Oui, assure Plantu, à condition de se montrer délicat lors d'événements dramatiques : "Il y a un temps pour pleurer et un temps pour dire les choses". Chaque pays impose ses contraintes : en France, Plantu peut représenter Le Pen avec le bras tendu et un brassard, mais sans y ajouter la croix gammée. Au Maroc, il n'est pas possible de représenter le roi. Mais rien n'empêche un caricaturiste malin de dessiner une main avec une bague qui parle...

Devant les lycéens, Plantu sort de très nombreux dessins liés aux blocages et aux haines réciproques que se vouent Israéliens et Palestiniens. La plupart de ceux-ci témoignent pourtant d'un rapprochement possible. Le dessinateur ne s'en cache pas : il aime mettre des parties antagonistes en face de ces dessins pour s'expliquer et se justifier. Selon lui, la "trève du blasphème doit permettre le rapprochement".

Le 17 mars prochain à Genève, il va tenter une expérience de ce type en tant qu'invité du Festival sur les droit humains autour du thème : LA LIBERTE D’EXPRESSION : LES CARICATURES DE LA DISCORDE. Cette soirée sera co-présentée par Plantu et le Service de l’information des Nations Unies à Genève, en partenariat avec le Club suisse de la presse, le journal Le Temps et Reporters sans frontières
Dès 19h30, à la Maison des Arts du Grütli, 16 rue du Général Dufour, le débat verra la participation des intervenants suivants:
Plantu, Caricaturiste, France
Chappatte, Caricaturiste, Suisse
Ali Dilem, Caricaturiste, Algérie
Hassan Karimzadeh, Caricaturiste, Iran
Michel Kichka, Caricaturiste, Israël
Stavro, Caricaturiste, Liban
Mikhail Zlatkovsky, Caricaturiste, Russie

Le modérateur de cette soirée sera le journaliste Darius Rochebin.