Pascale et Thelma : divines surprises des Césars et des Oscars
Les récompenses décernées lors des cérémonies des Césars et des Oscars enthousiasment rarement le cinéphile. Trop de compromis en direction d'un improbable goût moyen gâchent la sauce. Heureuse exception cette année avec des prix qui nous font un immense plaisir. Tel l'Oscar du meilleur montage décerné à la complice de Martin Scorsese, Thelma Schoonmaker (photo).
C'est l'une des plus talentueuses réalisatrices du cinéma français. Et pourtant, le grand public ne la connaît pas. Pascale Ferran a réalisé en 1992 un premier film emballant : "Petits arrangements avec les morts" (à voir d'urgence pour ceux qui n'en ont jamais entendu parler). Avec une troupe d'étudiants en théâtre, elle a ensuite tourné un beau film pour la télévision, "L'Âge des possibles" (1995). Puis, elle a quasiment disparu de la circulation...
Pascale Ferran a eu toutes les peines du monde à terminer le bouclage financier de "Lady Chatterley". Adaptation du roman de D.H. Lawrence, ce film de trois heures a été refusé par le Festival de Cannes. Il est sorti à fin 2006 avec un excellent écho critique mais a été relativement peu vu (200.000 entrées en France, le score qui dénote que seuls les amateurs de films d'auteur se sont déplacés; en Suisse romande, avec deux copies, le film n'a même pas été vu dans toutes les villes). Et samedi soir, divine surprise : "Lady Chatterley" remporte non seulement les Césars de la meilleure photo, de la meilleure adaptation, des meilleurs costumes et de la meilleure actrice (Marina Hands), mais aussi celui du meilleur film. Impeccable jusqu'au bout, Pascale Ferran défend les intermittents du spectacle et le cinéma exigeant (toujours plus boudé par les télés), avant de mettre au défi les candidats à la présidentielle de parler de culture dans les 55 jours qui restent. On lui souhaite de moins galérer avant de nous livrer son prochain film...
A la cérémonie des Oscars, dimanche, Martin Scorsese a enfin obtenu le triomphe qu'il aurait mérité de remporter bien plus tôt. On se pince même pour y croire : quoi, "Raging Bull" et "Les Affranchis", ça n'était pas Oscar du meilleur film ou du meilleur réalisateur à l'époque ? Cette fois - Marty a demandé qu'on vérifie le nom dans l'enveloppe - c'est bon : "Les Infiltrés" remportent les deux statuettes les plus prestigieuses. Le film - virtuose, mais teinté d'un machisme un peu rance - ne restera sans doute pas dans l'histoire du cinéma. L'essentiel n'est pas là : Scorsese, amoureux de cinéma nourri de cinéphilie européenne, protecteur du patrimoine mondial des films - de Ray à Rossellini - obtient la reconnaissance qu'il mérite davantage que les faiseurs de recettes sans états d'âme.
Et l'on se réjouit tout autant de l'Oscar qu'obtient sa fidèle monteuse Thelma Schoonmaker (le deuxième après celui obtenu pour "The Aviator"). Scorsese travaille avec elle depuis 1980 ("Raging Bull"). Il a eu toutes les peines du monde à la faire intégrer le système hollywoodien. L'Amérique, protectionniste en diable, met en effet les bâtons dans les roues aux Britanniques et autres étrangers qui veulent rejoindre les syndicats de techniciens agréés. Mais depuis, l'étonnante Thelma a fait merveille : le style Scorsese, si dynamique, si rock'n roll, c'est elle qui a contribué à le créer et à le faire éclater. Etonnante en effet, cette vitalité débridée qui sort des doigts d'une discrète petite dame bien mise et à cheveux blancs!
PS : Nous rappelons amicalement aux journalistes que l'Oscar du meilleur documentaire, "Une vérité qui dérange", n'est PAS un film d'Al Gore, mais un film de Davis Guggenheim avec Al Gore...
Et nous signalons aux Départements de l'instruction publique romands, à toutes fins utiles, que le gouvernement allemand a choisi de financer l'envoi de 8000 DVD du film aux écoles du pays.
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26 Février 2007 à 09:51 dans
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