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Mediablog

Les enfants et les médias : défi pour l'éducation

"La formation à une utilisation appropriée des médias est essentielle pour le développement moral, spirituel et culturel des enfants. (...) L'éducation aux médias devrait être positive. Des enfants exposés à ce qui est excellent sur le plan esthétique et moral reçoivent une aide pour développer leur jugement, leur prudence et leur sens du discernement. (...) La tentation du sensationnalisme ne devrait pas être passivement admise à la place de l'enseignement. (...) Comme l'éducation en général, l'éducation aux médias exige la formation à l'exercice de la liberté."

Extraits du message du pape Benoît XVI, à l'occasion de la 41ème Journée mondiale des communications sociales.


Pour la SSR, les enfants peuvent attendre

La Formule 1 n'aura plus de place sur les canaux des chaînes de la SSR dès 2008. L'information est largement reprise et commentée dans la presse. Mais une autre mesure d'économie fait moins de bruit que les bolides bannis : la SSR renonce en Suisse alémanique à lancer un canal destiné aux enfants (Kinder Kanal, abrégé KIKA). Le projet sera rediscuté plus tard.

Dans les colonnes du Bund, le spécialiste des médias Josef Trappel déplore ce choix : "Je trouve très dommage que l'on ne réalise cette chaîne destinée aux enfants que plus tard ou pas du tout. Les enfants sont un segment du public qui n'a que trop peu été pris en considération jusqu'à présent en Suisse. Les diffuseurs étrangers se taillent des parts de marché très élevées dans ce segment. D'un point de vue publicitaire, le tort causé par ce renoncement est plus grand que celui de l'abandon de la Formule 1. (...) On ne peut pas simplement remplacer une émission suisse destinée aux enfants par une série Pokémon de Hollywood".

En Suisse romande, les économies de la SSR ne devraient pas avoir d'effet négatif sur le projet de chaîne de radio destinée aux enfants (actuellement à l'étude).

Références : le communiqué de la SSR (plus exact dans sa version allemande que dans sa version française, qui parle simplement d' "émission" et non pas de "chaîne")

L'article du Bund: Kinder_Kanal.pdf


Le cri d'un prof

Ca y est : les premières inscriptions à la 4ème Semaine des médias à l'école en Suisse romande arrivent. Les noms sont souvent ceux des habitués. Auprès de nos relais dans les cantons, on nous incite à la prudence : attention, à ne pas trop solliciter les profs avec des propositions pédagogiques! "Ils reçoivent trop de choses et ça commence de crier dans les chaumières...", confie un chargé de mission dans l'instruction publique.

Sur le Bondy Blog, un enseignant qui a manifesté récemment pour défendre sa corporation se livre :

"Nous, enseignants, on nous a jamais demandé de faire autant de choses comme de la prévention sur le SIDA, sur les drogues, au volant, on nous demande aussi de faire leur éducation civique et beaucoup d’autre chose et en même temps, on nous a jamais autant dénigré.

Nous avons besoin de reconnaissance dans notre travail. Certains profs n’osent pas le dire mais le déclassement social les affecte. On a aujourd’hui une mauvaise image, on banalise complètement notre rôle, et ceci encourage la violence des jeunes. "


L'appel de l'abbé Pierre

«Mes amis, au secours ! Une femme vient de mourir gelée cette nuit à 3 heures sur le trottoir du boulevard Sébastopol.» Tel était le cri de l'abbé Pierre en faveur des démunis, le 1er février 1954 sur les ondes de RTL. Un tel cri serait-il possible, aujourd'hui, dans la cacophonie médiatique ? Serait-il entendu ?

Bien avant de devenir populaire, le nanti fils de "soyeux" lyonnais avait commencé par se dépouiller, cédant ses biens et son héritage en devenant capucin à l'âge de 18 ans. Stupéfiant contraste avec les plus populaires des "people" actuels, dont la notoriété se mesure au baromètre du cash engrangé (et servilement comptabilisé par les médias).

"Etre connu, c'est utile. Souvent, c'est insupportable", soufflait l'abbé Pierre dans le document diffusé sur TSR 2 lundi soir. Document maladroitement illustré par des clichés en pagaille sur l'internationale de la misère (de surcroît retouchés à la palette graphique). Document suintant d'hagiographie et de musique exaspérante. Le miracle, c'est que la parole de l'abbé sortait intacte de ce déluge d'effets tartignoles. Parole incarnée dans un petit corps de rien du tout, parole d'autant plus forte qu'elle n'avait rien à vendre. C'est rare, sur nos lucarnes, de nos jours...


Ségolène sur écoute ?

"Le Monde a eu accès au débat du conseil politique de la campagne de Ségolène Royal, mardi 16 janvier au siège du Parti socialiste", indique le grand quotidien dans son édition datée de jeudi 18 janvier.

Comment ?

"Le Monde a pu écouter l'intégralité de ces débats par l'intermédiaire d'un membre du bureau national qui a spontanément appelé et laissé son téléphone portable ouvert pendant toute la réunion", précise le journal en page 3.

L'ère du reportage téléphonique a commencé! Ce membre du bureau national a-t-il agi au vu et au su de ses camarades ? Si ce n'est pas le cas, l'ambiance va encore monter rue de Solférino... Déjà que Montebourg est suspendu pour avoir trouvé en "son compagnon" le principal défaut de la candidate.

Le porte-parole de la candidate socialiste s'est fourvoyé sur Canal +. Le piquant de l'affaire, c'est qu'il avait déclaré, sur le plateau d'"Arrêt sur images", puis en avril dernier dans Télérama, sa ferme intention de ne plus participer à des émissions de divertissement. « Tout le monde (...) nous explique que nous ne pouvons pas faire autrement que d’aller nous faire ridiculiser par des animateurs qui ne connaissent rien des problèmes de notre temps. (...) Je ne supporte plus cet avilissement. C’est décidé, je boycotte », s’insurgeait-il alors.


La presse gratuite : des entreprises low cost ?

La presse gratuite n'a pas (toujours) bonne presse. "Nous sommes lus souvent contre le gré des enseignants", nous glisse Philippe Favre, rédacteur en chef de "20 Minutes" en Suisse romande. Au téléphone, l'homme est courtois, très empressé d'indiquer les prestations que son titre assurera lors de la 4ème Semaine des médias à l'école (19-23 mars 2007). Des exemplaires gratuits ? Pas de problème, ils sont déjà gratuits. Mais impossible d'assurer des envois ciblés aux classes : "Nous n'avons pas de service de diffusion...". Des visites de journalistes en classe ? Le réd'en chef et le directeur iront au feu. C'est courageux. Des visites de classes à la rédaction de Lausanne ? Bien sûr, mais pas plus de trois sur la semaine: "Nous sommes une entreprise low cost", lâche Philippe Favre.

Une entreprise de médias low cost ? A l'image de ces compagnies aériennes qui demandent à leurs clients de faire une partie du travail ? Voilà une piste intéressante pour les classes qui voudraient se lancer dans des comparaisons étendues entre les services offerts de part et d'autre.

Du côté de la concurrence, toujours chez les quotidiens gratuits, on a aussi réagi au quart de tour : "Le Matin bleu" confiera la rédaction en chef d'une édition à une classe romande. Pas moins! On la confiera à une classe motivée à nous montrer la différence.


Saddam pendu : les degrés de l'obscénité

La diffusion sur internet d'une vidéo pirate de l'exécution de Saddam Hussein ne constitue qu'une preuve supplémentaire de la calamiteuse gestion de la "guerre contre le terrorisme". Elle a toutefois mis en lumière notre tolérance très volatile face à l'obscénité.

II y a d'abord eu des images muettes. Celles d'un barbu hagard, plus proche du Michel Simon de "Boudu sauvé des eaux" que du fringant officier qui avait dirigé l'Irak et serré la main de Donald Rumsfeld. Ces images de Saddam Hussein remontent à plusieurs mois : elles ont été jetées en pâture après la capture du raïs. Pour ceux qui les diffusaient, ces images disaient surtout ceci : "Regardez-le avec sa barbe folle! L'arrogant dictateur s'était terré comme un rat ! Et nous savons retrouver tous les malfaisants qui, comme lui, se terrent comme des rats".

Il y a eu ensuite les images du procès : en costume civil, cheveux et barbe coupés, Saddam faisait face à ses juges. Ces images étaient rarement sous-titrées et peu maintenues dans leur intégrité sonore d'origine. En revanche, les commentaires off soulignaient volontiers la "morgue" et l'arrogance retrouvée de cet homme qui contestait la légitimité du tribunal appelé à le juger.

Et puis, le 31 décembre, il y a eu les photos de l'échafaud, barrant toute la Une des quotidiens dominicaux. Bourreaux cagoulés, monstrueux noeud coulant, victime étrangement emmitouflée dans une veste à col très montant, comme s'il fallait la protéger d'un rhume. Obscénité de la peine de mort, obscénité de la mise en scène de l'exécution, obscénité du choix d'un cliché qui n'apporte pas davantage d'information qu'une seule ligne de texte. Mais cette obscénité-là était muette.

On le sait, depuis "Dancing in the Dark" à tout le moins, qu'une mise à mort est chargée d'une intensité émotionnelle insupportable. Dans le film de Lars von Trier, l'obscénité de l'acte est avant tout rendue par le climat sonore qui entoure l'exécution de Selma (Björk) : pleurs de la victime, vociférations des gardiens, claquement des sangles qui lient la condamnée, bruit sourd du corps qui glisse de la trappe et s'arrête net au bout d'une corde.

De façon inattendue, c'est un climat sonore aussi dramatique qui émane de la fameuse vidéo pirate de l'exécution de Saddam : obscénité des insultes et des provocations qui couvrent les prières du condamné, ordres secs et glaçants, vacarme des témoins qui se ruent pour constater le décès...

Pour un spectateur pressé ou blasé, la représentation de Saddam à l'échafaud était sage comme une image. Pour qui a des oreilles, la vidéo captée par téléphone portable constitue une preuve embarrassante : elle nous renvoie à notre faculté d'accorder à des actes identiques une portée très différente, selon la représentation qui nous en est faite.