Vous avez dit Virus ?
La Radio Suisse Romande franchit le pas : avec Virus, elle lance une nouvelle forme de journalisme appelée à se développer spectaculairement ces prochaines années : l'enquête d'investigation interactive. Demain, dans le domaine de l'information, nous serons tous des consomm-acteurs. Pas sans risques, d'ailleurs. Revue de détail.
Le principe est simple : chaque vendredi à 7h15, la RSR donne rendez-vous à ses auditeurs sur la 1ère à l'enseigne de Virus.
Sur www.virus.rsr.ch et, le vendredi matin, sur La 1ère à 7h15, Francesca Argiroffo lance des sujets d'enquête et présente le résultat des recherches auquelles les auditeurs ont contribué. L'agent informateur, c'est vous et moi. L'équipe de Virus (2 journalistes) promet de vérifier, chercher de nouveaux éléments. Elle se lancera sur toute information exclusive ou piste explosive.

Premier sujet au sommaire : le dopage dans le sport amateur. Sur le site www.virus.rsr.ch, les commentaires vont déjà bon train. La meilleure contribution de chaque semaine se verra récompenser par un iPod.
Prochain sujet annoncé : la bataille des horaires dans les écoles de Suisse romande. Combien de temps faut-il passer en classe pour être bon élève ?
L'initiative de la RSR est révélatrice d'une tendance naissante :
Les médias de demain ne seront plus l'apanage de journalistes polyvalents, "omniscients", livrant chaque jour les éléments péniblement collectés au cours de leurs recherches. Les médias porteurs seront ceux qui sauront le mieux agréger et mettre en forme les savoirs de leur public. Cette révolution ne se fera pas en deux coups de cuillère à pot :
Pour être crédibles, ces mêmes médias devront consacrer des moyens considérables à vérifier les sources et les informations transmises. Les risques de dérives ne sont pas minces : certains envisageront cet exutoire comme un champ libre à la délation; d'autres n'hésiteront pas à lancer les journalistes sur de fausses pistes; d'aucuns accableront leurs concurrents ou ennemis jurés de travers réels ou présumés, avec le secret espoir que cela tombe dans le domaine public.
Des informateurs, il y en a toujours eu, dans la police comme dans la presse. L'art du journalisme consiste à rester lucide face à une information apparemment détonante ou exclusive. Comme l'écrivait Bernard Béguin, chargé de cours à l'Université de Neuchâtel et auteur du livre "Journaliste, qui t'a fait roi ?" : "Il n'y a pas de scoop innocent".
Reste à savoir quels intérêts servir. Pour éviter (limiter ?) les dérapages, Virus s'est donné une charte.
Le plus surprenant dans l'initiative Virus reste son partenariat avec "20 Minutes", parangon de la presse gratuite, généraliste, sans commentaire, toujours à l'affût des dernières tendances en matière de consommation. Ses valeurs sont-elles solubles dans celles du service public ? Réponse dans les prochaines éditions de Virus.
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04 Septembre 2006 à 15:06 dans
- Général
