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Les Suisses aiment le cinéma, mais qui forme leur goût ?

Les Suisses se rendent au cinéma au moins 2,6 fois par an en moyenne. Seuls les Français font mieux ! Mais on constate de fortes disparités selon les âges et selon les régions dans le mode de consommation. Extraits de l'enquête dévoilée vendredi à Locarno par Pascal Couchepin et Nicolas Bideau.

L'enquête a été menée par voie téléphonique auprès de 1400 personnes représentatives de la population. Dans cet échantillon, il apparaît que 82% des Romands aiment le cinéma "beaucoup ou assez". Mais la part des personnes disant aimer "beaucoup" le cinéma passe de 57% chez les 15-19 ans à 25% chez les 65 ans et plus.

Selon le sondage, 73% des Suisses sont allés au cinéma au moins une fois dans l'année écoulée, 15% y vont une fois par mois et 2% une fois par semaine. Si 48% préfèrent voir un film en salle, 42% privilégient la découverte d'un film à la maison. Résultat : 71% des Suisses regardent au moins un film par semaine sur leur petit écran.

Près de 70% des Suisses se disent satisfaits de la diversité de l'offre dans les salles, alors que 10% la jugent insatisfaisante.

Eloquent aussi : les Suisses préfèrent de loin les versions doublées lorsqu'ils regardent un film d'une autre région linguistique. Seuls 33% des Romands sont adeptes de la version originale.

Pour s'informer sur les films qu'ils vont voir, 67% des spectateurs affirment se fier aux critiques de la presse écrite. Curieusement, les émisisons sur le cinéma viennent en seconde position (53% de mentions). L'étude ne manque pas de relever que les répondants se réfèrent sans doute à des émissions ou des talk-shows sur les chaînes françaises, dans la mesure où il existe une carence d'émissions sur le cinéma sur les chaînes romandes.

A Locarno, Pascal Couchepin ne s'est pas gêné de lancer un appel au service public : selon ses termes, la TSR doit "retrouver la passion du cinéma" et pas seulement s'enorgueillir des co-productions présentées au festival.

Bon point pour la RSR, la moitié des Romands apprécient les informations sur le cinéma entendues à la radio. Seuls 25% des gens glanent des informations sur le cinéma sur Internet. Mais l'exigence des spectateurs par rapport à la critique de cinéma atteint des planchers inquiétants : alors que 55% des universitaires disent parcourir les revues gratuites sur le cinéma, seuls 8% des Romands prennent encore la peine de lire des revues spécialisées payantes !

Sans surprise, la nouvelle génération du cinéma suisse (Lionel Baier, Ursula Meier, Jean-Stéphane Bron…) reste nettement moins connue que les grands anciens (Godard, Goretta, Tanner…).

Le sondage fait apparaître un public suisse intéressé par son cinéma, mais qui regrette les grosses carences en matière d'information sur les films helvétiques. Neuf Romands sur dix estiment qu'il faut améliorer l'information et la promotion sur les films suisses. Espérons que l'appel sera aussi entendu dans les institutions scolaires !

En écho à cette enquête, Nicolas Bideau a eu le mérite de fixer des objectifs clairs lors de la conférence de presse : "On doit obtenir 10% de part de marché durable pour le cinéma suisse. Les Zurichois sont désormais à l'aise pour produire des locomotives ("Mein Name ist Eugen", "Grounding", "Tell") qui feront dans les 500.000 entrées. Mais les films d'auteur doivent aussi faire 20, 30 ou 40.000 entrées. Si ils ne les atteignent pas, on aura échoué. Nous devons nous montrer plus agressifs en matière de visibilité et de promotion."