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Cannes par Suzanne (8) : pauvre Pedro, pauvre Guillermo !

Le palmarès de Cannes 2006 est tombé: Palme d'or à Ken Loach pour "Le Vent se lève". Grand Prix à "Flandres", de Bruno Dumont. Prix de la mise en scène à Alejandro Gonzalez Iñarritu pour "Babel". Prix du scénario à Pedro Almodovar pour "Volver" (récompensé aussi du Prix d'interprétation féminine pour les six comédiennes). Prix du jury à Andrea Arnold pour "Red Road". Et Prix d'interprétation masculine à l'ensemble du cast d'"Indigènes" de Rachid Bouchareb. Suzanne Déglon Scholer nous livre ses dernières impressions.

Mediablog : - Le président du jury Wong Kar-Wei a dit que la Palme avait été décernée à l'unanimité : peut-on pour autant parler de palmarès de consensus ? Bruno Dumont a dû avoir des partisans acharnés et des détracteurs tout aussi virulents. Ce qui a profité à Ken Loach…

Suzanne Déglon Scholer : - Je doute de cette unanimité du jury. Le film de Loach est bien, il a du souffle, de la sincérité. Je peux le défendre en tant que pédagogue et je suis contente qu'il sorte du lot. Mais formellement, je pense que c'est inférieur à "Babel" ou au "Labyrinthe de Pan". Cela fait un peu film à costumes fauché. Je ne sais pas trop ce que cette distinction suprême veut dire.

Mediablog : - Palme à la carrière de Loach, qui a 70 ans ?…

Suzanne : - Peut-être, mais je trouve dommage de ne pas avoir trouvé quelque chose pour récompenser Guillermo del Toro ("Le Labyrinthe de Pan"). En revanche, je suis ravie du prix de groupe offert aux acteurs d'"Indigènes". C'est bien de souligner ce côté "acceptation de la mémoire" et de faire connaître l'Histoire occultée. Le film est bien fichu et la fin en Alsace prodigieuse.

Mediablog : - Le double prix offert à Almodovar en compensation d'une Palme qui lui est à nouveau refusée (après "Tout sur ma mère") est un peu embarrassant, tu ne trouves pas ?

Suzanne : - J'avais vu le film avant de partir à Cannes et je suis allée au festival en me disant que ça DEVAIT être la Palme. C'est du haut de gamme dans le champagne, cette histoire d'humour noir racontée de façon légère ! Pedro avait l'air ému et déçu, il a eu droit à un bel hommage de ses actrices, mais il ne méritait pas un sucre comme ça. En revanche, pendant cette cérémonie de remise de prix, je jubilais de ne pas entendre le mot "Caïman". Pour moi, le film de Moretti n'est qu'une logorrhée prétentieuse, dans laquelle seuls les Italiens semblent s'être reconnus.

Mediablog : - "Babel", qui comptait parmi tes favoris, reçoit un beau prix, celui de la mise en scène…

Suzanne : - C'est un exercice brillant, si la mise en scène consiste à relier des personnages, même sans les faire se rencontrer, sur le jeu entre le dit et le non-dit. Un film universel, sur les liens, ténus, mais réels, qui unissent les êtres.

Mediablog : - Autre oubliée de marque, "Marie-Antoinette", de Sofia Coppola…

Suzanne : - Etonnant ! J'ai vite compris qu'elle n'aurait rien quand j'ai vu qu'elle ne montait pas les marches. Beaucoup à Cannes pensaient qu'elle aurait la Palme. Puis certains ont dit qu'ils ne méritaient que le prix de la meilleure "party". Je ne sais pas à quoi tient cet oubli. Peut-être est-on dans un état d'esprit trop républicain et démocratique pour s'intéresser à un tel personnage…


Cannes par Suzanne (7) : un favori de dernière minute

L'heure du verdict approche à Cannes. Suzanne Déglon Scholer nous livre ses impressions et ses pronostics. Par SMS, cela donne: "Indigènes" : émouvant et sincère. "La Raison du plus faible" : un peu réchauffé". Notre envoyée spéciale enseignante n'a pas vu tous les films en compétition (et notamment ceux qui ont ravi la frange la plus cinéphile des festivaliers : "Flandres", "Les Climats", "Jeunesse en marche"…). Un favori s'est glissé aux côtés des films déjà admirés : "Le Labyrinthe de Pan", du Mexicain Guillermo del Toro.

Mediablog : "Génial!", ce "Labyrinthe de Pan", d'après ton dernier message. De quoi s'agit-il ?

Suzanne Déglon Scholer : - C'est un conte politique et fantastique situé dans l'Espagne franquiste. Le mélange entre les deux est très réussi. L'héroïne vient d'un pays idéal et a échoué chez les humains - la monarchie, paradis perdu ? J'y ai songé mais je ne crois pas… C'est une histoire très dure mais très cohérente, qui s'adresse à un public mûr, avec des couloirs sombres, la mort et le menace qui rôdent dans des décors splendides. Ici les fées sont des insectes géants qui prennent forme humaine. Sergi Lopez interprète un commandant de l'armée franquiste qui traque les rebelles. Je ne suis pas un inconditionnel de cet acteur, que je préfère dans les rôles de salauds ("Harry, un ami qui vous veut du bien"). Mais il est tellement parfait ici que je ne l'ai pas reconnu!

Mediablog : - Quel film pour la Palme, à ton avis ?

Suzanne : - Je n'ai pas tout vu. Notamment "Jeunesse en marche", de Pedro Costa, qui a fait dormir ou fuir beaucoup de spectateurs, mais qui a suscité l'enthousiasme de Freddy Buache, pour qui il s'agit du meilleur film de la compétition. Je continue de penser que la Palme devrait revenir à "Volver", à "Babel", au "Labyrinthe de Pan". Ou à "Marie-Antoinette", uniquement pour clouer le bec à tous ceux qui disent de ce film qu'il n'apporte rien. Quand même, c'est autre chose que les films avec Michèle Morgan!…

Mediablog : - Nous l'avons vu hier soir : c'est un enchantement ! Et ça laisse songeur sur ces présentateurs de journal télévisé - en clair : Pujadas - qui ouvrent les feux en annonçant que le film a été hué à Cannes. Que peut-il bien savoir de ces quelques hurleurs insensibles au talent de Sofia Coppola ? En voyant le film, je me suis dit qu'il suffit toujours de quelques meneurs pour réclamer la tête de "l'étrangère"…


Cannes par Suzanne (6) : "Marie-Antoinette", de Sofia Coppola

Perruques poudrées et rock eighties s'affichent sans gêne dans "Marie-Antoinette" : le film très attendu de Sofia Coppola est l'événement du jour au Festival de CANNES. Il sort simultanément sur les écrans de Suisse romande. Notre enseignante cinéphile Suzanne Déglon Scholer a beaucoup apprécié ce film de femme(s).

Suzanne

Médiablog : - Tu avais vu "Marie-Antoinette" avant de partir à Cannes. Les enseignants peuvent du reste lire ta fiche pédagogique sur le site www.e-media.ch. Le film te plaît toujours, avec le recul ?

Suzanne Déglon Scholer : - Mon appréciation reste très positive. Ici, les journalistes font la fine bouche. Est-ce un manque de culture historique ? J'ai l'impression qu'ils ont souvent ce genre de réaction face à des films en costumes. Dans "Marie-Antoinette", Kirsten Dunst est touchante de juvénilité et de maladresse. C'est une petite fille qui est d'abord soucieuse de faire plaisir et de bien faire. Puis, en vingt ans, elle change. Elle découvre le pouvoir. Mais personne ne l'aide jamais à mûrir, sauf tout à la fin de sa vie. On en a fait abusivement une Messaline, alors qu'elle cherchait avant tout des gens qui la feraient rire. Le roi qu'on lui a mis dans son lit ne savait pas très bien quoi faire...Il est assez touchant lui aussi. Je trouve le film sensible, posant un joli regard sur cette histoire. Comme dans "Virgin Suicides" et dans "Lost in Translation", Sofia Coppola nous montre des femmes qui ne sont pas à l'aise là où on les a mises. Elles ne trouvent pas leur vraie place.

Médiablog : - D'autres découvertes ?

Suzanne : - Impossible d'entrer aux séances de "Zidane. Un portrait du XXIème siècle" : c'est la fureur ici! A la Quinzaine des réalisateurs, j'ai vu le premier film mis en scène par l'acteur italien Kim Rossi Stuart "Anche libero va bene" (photo ci-dessous).

Il interprète lui même le père d'une famille éclatée et il explose parce qu'il n'en peut plus. La mère est une nymphomane qui aime ses enfants mais s'en va toujours. C'est une réalisation sans chichis, bien enlevée pour un premier film. Dans la section "Un Certain Regard", j'ai apprécié "Suburban Mayhem" (Le Feu sous la peau) de l'Australien Paul Goldman (photo ci-dessous). C'est un film très bon sur de grands enfants qui jouent aux adultes. Derrière leur façade présentable, ils sont déjà pourris, menteurs, truqueurs. La bande est emmenée par une petite garce qui séduit et utilise les gens, qui fait du chantage permanent. Le film postule que si ce petit manège a lieu, c'est que notre système social encourage ce type de déviance.

Un autre film australien m'a plu au Marché du film : "Candy" de Neil Armfield. Organisé en trois tableaux - "Heaven", "Earth", "Hell" - il suit un couple de drogués qui s'aiment et se détruisent mutuellement. Ils découvrent que s'ils veulent survivre, ils ne doivent pas rester ensemble. J'ai aussi aimé "Look Both Ways" de Sarah Watts. Bien que destiné aux jeunes, c'est un film au style intéressant, qui témoigne que nous vivons avec l'omniprésence de la mort, parce qu'elle nous fait peur, parce qu'on est témoin de celle des autres. Enfin...heureusement qu'il y a les fêtes. Hier soir j'ai enchaîné celles du Festival de Locarno, de Hollywood Classics et de Swissfilms, où le champagne coulait à flots.


Cannes par Suzanne (5) : "Babel", un grand film d'Alejandro González IÑ�RRITU

Bonne surprise au saut du lit pour Suzanne Déglon Scholer : on lui offrait deux places pour la séance de presse de "Babel" d' Alejandro González IÑ�RRITU, le réalisateur d'"Amours chiennes" et de "21 grammes". Notre enseignante cinéphile nous fait part de son enthousiasme pour ce film.

Suzanne

Médiablog : - Alors, ce "Babel", un grand film ?

Suzanne : - Oui, je pense que je ne verrai rien de mieux aujourd'hui. On suit quatre groupes bien distincts : un père et sa fille sourde-muette à Tokyo, un couple américain parti au Maroc pour se retrouver, leurs deux enfants restés à San Diego avec la nanny mexicaine et clandestine, une famille marocaine pauvre qui vient d'acquérir une arme à feu pour protéger son troupeau des chacals. Les Amércains partent en excursion en bus. Un coup de feu retentit, elle est blessée. Il s'agit d'un accident puisque le fils de la famille voulait seulement montrer ce qu'il savait faire avec cette arme. Mais le film montre le rôle négatif des médias, puisque les ambassades sont rapidement impliquées et que cet accident, transformé en attentat terroriste, génère des tensions diplomatiques.

Médiablog : - Quel est le point de vue du réalisateur sur cette histoire ?

Suzanne : - Ce que j'ai trouvé intéressant, c'est que les deux vedettes du film, Brad Pitt et Kate Blanchett, servent de faire-valoir aux anonymes. Le réalisateur montre un monde où, comme dans la légende biblique de Babel, chacun parle sa propre langue. Il y a toujours la peur de l'autre qu'on ne comprend pas. Le film est une variation sur l'"effet papillon" : un battement d'ailes de papillon à Tokyo peut déclencher une tornade à l'autre bout du globe. Même si "Amours chiennes" reste le plus fort des films d'Iñarritu, celui-là est très touchant, très bien filmé. Il montre que nous sommes prisonniers d'une toile d'araignée très solide. Le monde n'est pas en ordre, mais il y a quelques lueurs. A signaler qu'un incident a émaillé la projection de presse à 8h30 ce matin : au milieu du film, le projectionniste a projeté par erreur quelques minutes qu'on avait déjà vues au début.

Mediablog : - Et l'esthétique du film ?

Suzanne : - Tokyo est présentée dans une esthétique très léchée, très artificielle, de verre et de métal. Quand la fille sourde- muette sort en boîte, le réalisateur fait alterner constamment ce qu'elle perçoit et ce qu'on ressent, avec cette musique assourdissante. C'est très déstabilisant. Sinon, le désert est filmé en images très douces, San Diego comme un univers très aseptisé, vide et triste - il y a eu la mort d'un enfant.

Mediablog : - Quel est ton sentiment à mi-festival ?

Suzanne : - Je ne suis à Cannes que pour la deuxième fois. Mon sentiment est que nous vivons une bonne édition. Pour la Palme, "Volver" me paraît toujours favori. Je verrais bien aussi "Le Vent se lève", mais il est peut-être trop didactique. Et "Babel" est magistral...

Mediablog : - Et "Flandres" de Bruno Dumont ?

Suzanne : - Je ne l'ai pas vu et je n'irai pas le voir. Depuis que j'ai vu "Twenty-Nine Palms", je suis convaincue que ce type est un vieux cochon vide, même si l'on me dit qu'il filme admirablement. Hier soir, enfin, j'ai vu "Platoon" en présence d'Oliver Stone, Willem Dafoe et Tom Berenger. Le réalisateur nous a aussi montré vingt minutes de son nouveau film "World Trade Center". Un film fait "pour réfléchir et pour découvrir la vérité" d'après lui. On y suit les membres d'un corps de police - dont Nicholas Cage, parfait - qui ne comprend pas tout de suite ce qui se passe. A comparer les deux films, Stone a le don de créer des atmosphères claustrophobes qui nous enveloppent. C'est très angoissant et très réussi.


Cannes par Suzanne (4) : la farce des pingouins

Cannes, ce n'est pas seulement le tapis rouge et les grand films de la sélection officielle. Au Marché du film, on projette aussi des films biscornus et extravagants, comme en témoigne Suzanne Déglon Scholer, qui suit le festival de Cannes avec son oeil d'enseignante cinéphile.

Suzanne

Médiablog : - As-tu vu "Southland Tales" de Richard Kelly, le film délirant qui a enchanté les envoyés spéciaux de "Libération" et "Couleur 3" ?

Suzanne : - Non. Sur la base de trois avis recueillis ici et là, j'ai renoncé à ce film qui m'a été décrit comme "long et prétentieux". Je n'ai pas vu non plus "Les Climats" de Nuri Bilge Ceylan, ni "Selon Charlie" de Nicola Garcia, ni encore "Red Road" d'Andrea Arnold, un film "Dogme" tourné en six semaines en numérique.

Médiablog : - Hum...Alors de quoi peux-tu nous parler ?

Suzanne : - Au Marché du film, nous avons vu "Nomad", un film kazakh de pure propagande : d'après le générique, c'est signé Sergueï Bodrov en collaboration avec le président Nazerbaïev! Cela se passe au 16ème siècle, un enfant est annoncé qui va permettre d'unir toutes les tribus kazakhs et d'accéder à l'indépendance. Pour venir à bout de leur ennemis fourbes et nombreux, soutenus par des Russes qui possèdent des canons, ils se servent de leur pétrole - déjà! - en boutant le feu à des couloirs qui en sont remplis. Nous avons vu aussi une parodie de 20 minutes de la "Marche des Pingouins". Dans "La Farce des Pingouins", les voix off nous révèlent le martyre du pingouin dont la libido est énorme. Du coup, une fois par an, ça paraît vraiment peu... Pour le reste, j'ai vu Faye Dunaway et Al Gore, qui était ici pour promouvoir "Une vérité qui dérange", un film militant sur le réchauffement de la planète. Pas mal, non?


Cannes par Suzanne : "J'aimerais bien qu'Almodovar gagne la Palme"

Enseignante à Lausanne, rédactrice des fiches Cinéma sur le site www.e-media.ch, Suzanne Déglon Scholer suit pour la deuxième fois le Festival de Cannes. Elle nous dit pourquoi elle a aimé "Volver" de Pedro Almodovar et "Fast Food Nation", de Richard Linklater, deux films en compétition pour la Palme d'or.

Suzanne

Mediablog : - Le nouveau film de Pedro Almodovar, "Volver", sort en même temps à Cannes et sur les écrans de Suisse romande. C'est à ton avis le film qu'il faut aller voir ce week-end ?

Suzanne Déglon Scholer : - Absolument! C'est frais, plein d'amour et d'humour. C'est un film de femmes, où les hommes sont quasiment inexistants. Les femmes font tout dans l'univers de ce film. Elles sont belles, elles peuvent revenir de l'au-delà. Si les femmes ne font rien, il ne se passe rien car les hommes ne bougent pas. Ils sont assistés ou malfaisants. Penelope Cruz (photo) est délicieuse. Elle manie le couteau pour faire la cuisine ou régler les affaires. J'aimerais bien que "Volver" gagne.

Mediablog : - Et "Fast Food Nation" ?

Suzanne : - C'est une fiction qui nous permet de remonter jusqu'au sources du fast food. Il montre la viande, les boeufs. Mais ce peuple de boeufs est aussi allégorique. Ce sont les consommateurs que nous sommes. Dans le système actuel, ce sont des jeunes qu'il faut attendre le changement. Ce sont eux qui peuvent écrire des lettres, militer, protester, tenter des actions. Dans le film, ces jeunes vont ouvrir les enclos et les bêtes ne bougent pas!... C'est une magnifique allégorie. Du reste, le scénario est bien construit, tous les personnages ont une densité.

Mediablog : - Le réalisateur Richard Linklater fait jouer un rôle important aux immigrés clandestins, n'est-ce pas ?

Suzanne : - On suit en particulier le parcours de deux soeurs venues du Mexique qui arrivent à Cody (Colorado). On verra à quelles conditions elles ont du travail dans l'usine qui fournit tous les "Mickey's Burgers" des Etats-Unis.On visite tous les secteurs de cette usine et c'est assez effrayant. Les hommes sont immédiatement affectés au découpage de la viande. En contrepoint des clandestins, on voit un directeur du marketing qui doit enquêter parce que les burgers ont tout à coup une odeur suspecte : ils sentent les excréments. Il s'avère que les cadences imposées sont telles que les employés n'ont pas le temps de bien vider les boyaux des carcasses. Dans le rôle d'un des intermédiaires, Bruce Willis fait un numéro savoureux : il ne voit pas où est le problème du moment que la viande est cuite. Pas question d'avoir peur des germes. Ce n'est pas une comédie, c'est plutôt construit comme un thriller, avec des passages grotesques ou assez terribles. Le film nous donne à voir ce qu'on nous fournit dans nos assiettes. Il me marque davantage que "Super Size Me". On réalise que les consommateurs participent du mensonge généralisé à un certain point, parce que c'est plus pratique pour tout le monde. C'est intelligent, bien fait, assez didactique, mais agréable.


Cannes par Suzanne : "Paris je t'aime" et "Le Vent se lève"

Suzanne

Enseignante, rédactrice des fiches Cinéma du site www.e-media.ch, Suzanne Déglon Scholer est à Cannes. Elle nous livre ses impressions au jour le jour. Aujourd'hui : sur le film à sketches "Paris je t'aime" (photo) et sur "Le Vent se lève" du routinier Ken Loach.

Médiablog : - Quelle était la consigne donnée aux réalisateurs de "Paris je t'aime" ?

Suzanne Déglon Scholer : - Se limiter à un arrondissement de la capitale et traiter de l'amour. A part cela, je ne sais pas. J'avais espéré voir tous les réalisateurs sur scène, à l'ouverture d' "Un Certain regard" ce matin. On nous a fait attendre un quart d'heure et finalement personne n'est venu. J'étais déçue et j'ai trouvé cela un peu cavalier.

Médiablog : - Comment se porte l'amour en 2006 ?

Suzanne Déglon Scholer : - Paris est une ville où les gens font connaissance, ils tombent amoureux, ils cessent d'être amoureux mais continuent de s'aimer. Il y a toujours un renouveau de l'amour. Il y a toujours l'étincelle, mais la mort les prend avant. Il y a des choses plus ou moins bien. Les frères Coen ont fait un sketch très drôle (photo) sur un touriste américain (Steve Buscemi, excellent) qui provoque la colère d'un couple français car il regarde sans le vouloir la fille (il n'est pas le seul). Lui même ne tombe pas amoureux, mais au moins il établit le contact...

Médiablog : - Raconte-nous un de tes sketches préférés du film...

Suzanne Déglon Scholer : - J'ai bien aimé le sketch avec deux protagonistes noirs, dont j'ai oublié le nom du réalisateur. Elle parque sa voiture dans un garage. Il la voit et flashe sur elle. Il chante pour la séduire, lui offre de prendre un café mais il est chassé par son patron parce qu'il perd du temps. Il sort avec ses affaires. Il est abordé par trois types qui veulent lui voler sa guitare. L'un d'eux le poignarde. Elle le revoit en train de se traîner et s'occupe de lui, cette fois avec les yeux de la secouriste qu'elle est. D'abord, elle ne le voyait que comme un balayeur, elle avait d'autres choses en tête. Elle commande des cafés. Ils vivent un moment très intense, mais il est en train d'agoniser. C'est un peu fleur bleue, mais j'ai été touchée...

Médiablog : - Et Ken Loach ? C'est une autre ambiance, avec ces troupes anglaises dépêchées en Irlande en 1920 pour mater les velléités d'indépendance...

Suzanne Déglon Scholer : - Je suis encore secouée par ce film. "Le Vent se lève" m'a beaucoup fait penser à l'Irak. Et pourtant, pendant trois-quarts d'heure en tout cas, le réalisateur a une façon de représenter la violence qui est presque caricaturale. Il filme d'assez près. Les Anglais ne cessent de hurler comme des gens qui ont peur. On les voit brutaliser, terroriser et torturer pour faire respecter leur loi. Le scénario s'attache à un jeune homme qui voulait devenir médecin et qui, après cinq années de pratique, devient maquisard. On suit son parcours avec celui de son frère, un garçon qui est davantage homme d'action que lui. Ils évoluent dans une vraie armée révolutionnaire. Le réalisateur suit ces deux personnages qui finissent par se combattre alors qu'ils veulent au fond la même chose. C'est tragique, l'un va perdre la vie par la faute de l'autre. On prend conscience du temps qu'il faut pour que la paix et l'indépendance s'acquièrent. Une paix toujours à construire, un processus jamais terminé. C'est un film que je vais proposer à mes étudiants de la Tribune des Jeunes Cinéphiles quand il sortira en Suisse.

Médiablog : - As-tu entendu Ken Loach parler de son film ?

Suzanne Déglon Scholer : - Non, j'ai seulement capté sur un moniteur quelques bribes de la conférence de presse de l'équipe du "Da Vinci Code". Le moins que l'on puisse dire, c'est que Tom Hanks n'est pas un orateur... Ils ne s'attendaient pas à une telle réaction de la critique et ils ont filé la queue entre les jambes...


Cannes par Suzanne : "Da Vinci Code"

Elle est sur la Croisette ! Enseignante, rédactrice des fiches Cinéma du site www.e-media.ch, Suzanne Déglon Scholer nous livrera ses impressions au jour le jour, en écho à nos questions. On ouvre avec "Da Vinci Code".

Suzanne

Mediablog : - Comment juges-tu l'omniprésence du "Da Vinci Code" dans les médias, un film promu "événement culturel de l'année" ce matin sur les ondes de la Radio Suisse Romande ? Est-ce que les journalistes sont à ce point dupes d'une opération de marketing rondement menée ? "Libération" parle du film comme d'un "Harry Potter pour adultes athées mais infiniment plus crédules que leurs enfants"... (http://www.liberation.fr/page.php?Article=382575)

Suzanne Déglon Scholer : - Le battage médiatique est à la mesure du succès du livre. Je ne sais pas si les journalistes sont dupes, mais les critiques ici ont décidé de trouver le film ridicule, répétitif et simpliste. Il y a une levée de boucliers. En même temps, parmi les groupies sur leurs pliants qui se préparent depuis ce matin à guetter les stars, on trouve un prêtre et une nonne du Canada à genoux au pied des marches. Ils expliquent qu'il ne faut pas aller le voir, que ce film est truffé d'erreurs. Ca reste assez bon enfant... Comme les critiques sont contre, moi je me venge en retournant le voir à 23h30 pour lui trouver des qualités.

Mediablog : - Donc tu ne fais pas partie des spectateurs qui ont trouvé que c'était une baudruche ennuyeuse ?

Suzanne : - Disons que j'ai moins dormi qu'à lire la deuxième partie du roman! C'est une thématique qui ne m'intéresse pas de savoir si Jésus est Dieu ou s'il a été marié, avec une descendance. Mais ce "Da Vinci Code" est un thriller avec des rebondissements à n'en plus finir, comme dans un opéra italien. Les acteurs sont plutôt bons. Le film montre en fait comment une image ou un symbole peuvent être interprétés de manières très diverses.

Médiablog : - Est-ce que le film est de nature à intéresser les spectateurs à retourner aux textes, à remonter aux racines de notre culture chrétienne ?

Suzanne : - A lire les textes bibliques, je ne crois pas. A stimuler le tourisme, oui! Ca peut donner envie d'aller sur les lieux mentionnés dans l'intrigue, comme Saint-Jacques de Compostelle.

Médiablog : - Qu'attends-tu de ce festival ?

Suzanne : - J'ai envie de découvrir des films que je ne verrai jamais en Suisse, parce qu'ils sont trop petits ou émanant de cinématographies méconnues. Je pense faire beaucoup de découvertes, surtout hors compétition. Demain, je renonce à la séance matinale du film de Ken Loach ("Le Vent se lève") pour aller à l'ouverture de la section "Un Certain Regard" voir "Paris, je t'aime", un film à sketches réalisé par des cinéastes importants qui devraient être là pour la plupart. (réd: Bruno PODALYDES, Gurinder CHADHA, Gus VAN SANT, Ethan COEN, Joel COEN, Walter SALLES, Daniela THOMAS, Christopher DOYLE, Isabel COIXET, SUWA Nobuhiro, Sylvain CHOMET, Alfonso CUARON, Olivier ASSAYAS, Oliver SCHMITZ, Richard LAGRAVENESE, Vincenzo NATALI, Wes CRAVEN, Tom TYKWER, Frédéric AUBURTIN, Gérard DEPARDIEU, Alexander PAYNE. Voir http://www.festival-cannes.com/films/fiche_film.php?langue=6001&id_film=4325425)

Médiablog : - Merci Suzanne! Bon festival et à demain !

Blogs recommandés : http://cine.blogs.liberation.fr/ et http://www.letemps.ch/journaldecroisette


Internet et l'école : revaloriser les bibliothèques d'abord ?

Une lectrice neuchâteloise fait part de son étonnement dans les colonnes de "L'Express" et de "L'Impartial", mardi 16 mai . Nous reprenons sa lettre tirée du courrier des lecteurs.

"Régulièrement, mes enfants sont revenus de l'école avec la consigne d'aller chercher des informations sur internet. Un tel procédé m'interroge. De quel droit l'école pose-t-elle implicitement l'exigence que ce soit le cas ? Que devient le principe de la gratuité de l'instruction publique ? (...)

J'appelle de mes voeux la revalorisation intensive de ces lieux où, avant l'internet, les élèves trouvaient gratuitement une information sélectionnée, à savoir les bibliothèques scolaires. Elles peuvent jouer un rôle nouveau. D'une part, elles se développeront au profit de tous les élèves en devenant des lieux d'accès gratuit à l'internet pour les recherches demandées par les enseignants. D'autre part, elles peuvent devenir le lieu où les élèves viennent obligatoirement recevoir une formation à la recherche responsable d'informations fiables."

Marie-Claude Borel, Cortaillod (NE)

"La différence entre les riches et les pauvres, ce n'est pas les sous, c'est l'accès à la bibliothèque."

Azouz Begag, Ministre français à l'Egalité des chances, lors de la remise du Prix TSR Litttérature Ados au Salon du livre de Genève, 28 avril 2006


Les aventures pédagogiques de deux gruériens au Mali

Au quoi servent les nouvelles technologies de l'information et de la communication aux portes du Sahara ? Deux enseignants du collège du Sud à Bulle nous en donnent un aperçu dans leur blog "Sirocco". De Tombouctou au Mali, ils nous livrent leurs reportages, assortis d'entretiens et d'extraits sonores, ainsi que d'instantanés. Au sommaire, l'animation matinale des rues, le mariage à option et l'excision, les arts de la table, l'éducation et la formation au Mali, les récitations du Coran, le Syndrome Inventé pour Décourager les Amoureux...

Faites le détour par : http://www.tombulletout.typepad.com/