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Mediablog

Le déclin de la presse française

"France Soir" est à l'agonie. Après avoir tiré à 1,3 million d'exemplaires en 1957, il en est à moins de 50.000. La presse française va mal parce qu'elle a raté le virage vers les tabloïds. Telle est la thèse que défend l'historien des médias Patrick Eveno dans "Le Monde" du 10 avril 2006. Extraits.

"A la fin des années 1960, la presse française perd le sens de son marché et le goût de son public. Elle néglige le public populaire urbain et ne réussit pas la mutation vers les tabloïds, comme les presses anglaise et allemande l'ont réalisée avec le Sun ou le Bild. Certes, ces journaux ne sont pas des modèles d'élégance et paraissent bien vulgaires à nombre d'intellectuels parisiens. Mais ne vaut-il pas mieux les lire plutôt que de ne rien lire du tout ? Ne vaut-il pas mieux, avec le journal et grâce à lui, parler avec ses voisins et ses collègues de foot, de sexe, de crime et aussi de politique, plutôt que de les ignorer ?"

(...) Depuis la Libération, la presse quotidienne française demeure fragile, ses entreprises manquent de capitaux et de gestionnaires, la vision politique de ses patrons les empêche d'appréhender les évolutions du marché. La conséquence de cette orientation est le déclin du nombre de titres (179 quotidiens en 1945, 65 en 2005), du lectorat et du tirage, qui tombe de 12 millions d'exemplaires en 1945 à moins de 8 millions en 2005, alors que la presse quotidienne anglaise vend encore 16,5 millions d'exemplaires par jour, soit deux fois plus d'exemplaires par habitant que la presse quotidienne française.

Les classes populaires urbaines abandonnées par les journaux sont ainsi confiées à la seule télévision. Or la lecture, quelles que soient les imperfections de forme des quotidiens destinés au plus grand nombre, demeure irremplaçable pour former les esprits. Les conséquences de cet abandon sont redoutables pour la démocratie, qui se prive ainsi d'un outil d'information collective. Et on ne recréera pas de sitôt une presse populaire, parce que les occasions manquées sont à jamais perdues. Au-delà de France Soir, c'est un siècle et demi de culture populaire qui tombe en déshérence."