Une arête dans la gorge
"Le Chauchemar de Darwin" est un film estomaquant. Avec sa description d'une Tanzanie minée par la famine alors que le produit de sa pêche part en Europe, le documentaire d'Hubert Sauper nous avait laissés sous le choc à sa sortie en salles. Puis - en réaction de défense? - est venu le temps du soupçon : le réalisateur ne nous avait-il pas manipulé avec une accumulation de détails accablants ? N'avait-il pas cherché tout au long du film à renforcer le cliché misérabiliste d'une Afrique vouée à son malheur ? Une nouvelle vision du film, lundi 24 avril sur Arte, nous a montré qu'il n'en était rien. Retour sur un documentaire saisissant, désormais en médiathèque, à montrer dans les écoles de toute urgence pour commenter les rapports Nord-Sud. Nous vous conseillons aussi le décryptage proposé par "Arrêt sur images" le 30 avril dernier. Vidéos à voir sur http://www.france5.fr/asi/007548/33/134199.cfm.
A revoir "Le Cauchemar de Darwin", un premier constat s'impose : dans sa construction de l'espace, le réalisateur autrichien Hubert Sauper (photo) se fait sélectif : il ne nous donne pas tout à voir de Mwanza, ville tanzanienne au bord du lac Victoria. Il prélève sur la réalité ce qu'il veut bien prélever. On ne verra donc pas la (toute petite) classe moyenne ou aisée, ni les lieux où vivent les cadres indiens des pêcheries, par exemple.
De cet aspect sélectif, le réalisateur se défend très bien dans l'excellent DOSSIER à lire sur le site d'Arte (http://www.arte-tv.com/fr/1182874.html). Il dit : "Le cinéma n’est pas « la réalité », c’est le reflet d’une certaine réalité. Ainsi, il n’existe aucun film qui montrerait l’Afrique telle qu’elle est. Un film, c’est toujours un regard dans une direction, si bien que l’on ne peut pas voir ce qui se passe dans l’autre sens. Les gens cherchent toujours des preuves, mais le cinéaste estime qu’il ne lui appartient pas de les fournir. (...) la poésie du cinéma consiste justement à ne pas tout montrer."
Ce qui nous intéresse en revoyant le film, ce n'est pas de savoir si les images sont vraies mais si les images sont justes. Et de ce point de vue, Sauper ne donne pas le sentiment d'avoir extorqué ses images. Il n'a pas inventé les carcasses d'avion qui gisent au bord du lac, ni les mouroirs à sidéens. Poussons même le bouchon assez loin : à supposer qu'il ait mis en scène la dispute des gosses autour du bol de riz, l'attitude des enfants à cet instant est assez éloquente.
Le film n'est pas exempt de reproches : l'insistance à montrer les carcasses de poissons en putréfaction donne (faussement) à penser que les gens s'en nourrissent directement (alors qu'elles sont destinées aux animaux). Mais l'immense force de ce documentaire reste intacte à la deuxième vision : car il donne à voir, souvent dans la même image, les contradictions insupportables de la mondialisation. Deux exemples : 1) ces décollages d'avions cargos, qui symbolisent mieux que tout discours une évidence : les richesses partent, la misère reste. 2) la prostituée qui fredonne une chanson d'amour à son pays, alors que le pilote russe à ses côtés glousse "Tanzania, Tanzania!". Petite musique du désespoir qui glace le sang... Mais pas question de baisser les bras : "J’aimerais que le film incite les gens à s’impliquer, pas qu’il soit simplement regardé comme un tableau des mauvaises conditions de vie en Afrique", déclare une coordinatrice d'association de femmes au bord du lac Victoria, dans le dossier d'Arte. On peut découvrir aussi deux interviews avec le réalisateur (texte et vidéo), un récapitulatif très complet sur les reproches adressés au film et les constatations sur place d'un envoyé spécial du "Monde".
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25 Avril 2006 à 09:40 dans
- Médias à l'étranger

Le postulat du réalisateur est clair : les élèves français sont les plus mal dans leur peau de tous les pays de l'OCDE. Pourquoi ? Parce que les méthodes pédagogiques ne sont pas adaptées. "Emission crapuleuse!" dénonce Jean-Paul Brighelli, du collectif "Sauver les lettres" et partisan de la transmission des savoirs. (photo ci-dessous)






